11 juin 2005

Monseigneur de Champorcin

BnF/Gallica : http://gallica.bnf.fr/document?O=N086168
pages 726 à 730

Après le Concordat de 1802, qui supprimait l'antique diocèse de Toul pour le rattacher à celui de Nancy, créé par la bulle de Pie VI du 19 novembre 1777, le dernier titulaire du siège des saints Mansuy, Epvre et Gérard, revint de l'exil et se retira au château de Gagny (Seine-et-Oise), résidence de sa soeur, Mme la comtesse de Laugier-Villars (famille apparentée aux Bassompierre et aux Beauvau).

C'est là que le vieil évêque de Toul mourut, âgé de 86 ans, le 19 juillet 1807.

Il avait quitté son siège épiscopal en 1791 et s'était retiré en Allemagne ; il n'avait jamais revu son antique cathédrale, qui gardait la cendre de ses prédécesseurs immédiats, NN. SS. Bégon et Drouas de Boussey.

On sait que Mgr des Michels de Champorcin fut le dernier évêque de Toul, de 1774 à 1802, époque où il donna sa démission, demandée par le pape Pie VII à tous les évêques de l'ancien régime.

Ce prélat était né le 16 septembre 1721, à Champorcin, paroisse de La Javie (et non La Jugie), au diocèse de Digne. C'est aujourd'hui un chef-lieu de canton des Basses- Alpes, avec 421 habitants, à 15 kilomètres de Digne.

Avant de succéder à Mr Drouas, mort le 21 octobre 1773, dans son palais de Toul, Mgr de Champorcin avait passé trois ans sur le petit siège épiscopal de Senez, dans les Basses-Alpes, illustré jadis par le fameux Soanen, durant les querelles du jansénisme et de la bulle Unigenilus,

De 1802 1807, l'ancien évêque de Toul ne quitta pas le château de sa soeur puinêe, la comtesse de Laugier-Villars.

C'est là qu'il mourut le 19 juillet 1807, à huit heures du soir.

Voici l'extrait authentique de l'acte de décès de Mgr de Champorcin, qui m'a été communiqué par M. le maire de Gagny et que j'ai fait déposer aux archives de l'évêché de Nancy

Du vingt juillet mil huit cent sept.

Acte de décès de Etienne François-Xavier des Michels de Champorcin, évêque démissionnaire de Toul, né au château de Champorcin, le seize septembre mil sept cent vingt et un, département des Basses Alpes, décédé hier, à huit heures du soir, en la maison de dame Anne Marguerite des Michels de Champorcin, sa soeur, demeurant en cette commune.

Sur la déclaration à nous faite par le sieur Laurix Louis de Laugier Villars, neveu du défunt, âgé de trente-huit ans, premier témoin, Nicolas Chouner, curé de Gagny, âgé de cinquante-trois ans, deuxième témoin, Thomas Condé, âgé de cinquante ans, lesquels ont tous signé avec nous.

Suivent les signatures.

Constaté par nous, Jean-Elizabet Aubry, maire de Gagny, faisant les fonctions d'officier publique de l'état-civil, soussigné.
Signé : AUBRY, maire
Pour copie conforme
Gagny, le onze septembre mil neuf cent douze.
Le maire : Edmond Ruel

Le dernier évêque de Toul fut d'abord inhumé dans la chapelle familiale des Laugier-Villars, attenante l'église de Gagny, face à la chapelle du comte Roger du Nord.

Mais, en 1831, le cimetière paroissial de Gagny fut désaffecté et un nouveau ouvert au lieudit « Le bout du village » sur la route de Montfermeil. Ce cimetière fut agrandi une première fois en 1868 et plus récemment encore, en 1908. Les tombes et concessions perpétuelles furent transférées dans ce nouveau cimetière, mais la plaque tumulaire de marbre blanc qui rappelait, dans la chapelle de famille, la mémoire de l'évêque de Toul et de sa soeur, fut laissée dans l'église et fixée au mur latéral de la chapelle Sainte-Geneviève près du choeur.

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J'ai vainement cherché, dans les registres paroissiaux de Gagny, quelques actes ou documents sur notre évêque toulois. Les actes conservés au presbytère de Gagny ne remontent qu'à 1836 et le jeune curé de cette commune ne connaissait ni Mgr de Champorcin, ni l'existence de son tombeau au cimetière voisin.

De l'église et du presbytère, je me suis rendu à la mairie qui n'est autre que d'une vaste place publique (l'ancien potager) et entourée d'un parc encore magnifique, malgré les morcellements dont il a été l'objet pour la construction d'élégantes villas.

De là au cimetière actuel, situé sur la route de Montfermeil, le chemin est assez long. Le champ des morts, admirablement entretenu, adossé à un bois verdoyant, est très vaste.

Le caveau de la famille de Laugier-Villars est situé dans la partie des Concessions à perpétuité provenant de l'ancien cimetière.

Aucune couronne, aucune fleur. Un très beau monument de granit gris clair, poli, avec une large croix en granit noir, surmonte le caveau.

Sur la stèle, de même granit, on a ciselé en relief les armes de la famille de Laugier-Villars, un lion supporté par deux autres lions, avec cette devise

Non fortior alter.

Les inscriptions suivantes, en noir, sont gravées sur la stèle de granit poli, au- dessous de l'écusson familial

Etienne François Xavier des Michels de Champorcin, évêque comte de Toul. 1721-1807.
Marguerite Anne des Michels de Champorcin, comtesse de Laugier-Villars. 1736-1817.
Alfred Charles Etienne, comte de Laugier-Villars. 1801-1888
Charlotte Marie Pétronille de Messey, comtesse de Laugier-Villars. 1817-1904
Henri Marie Charles, comte de Laugier-Villars, ministre plénipotentiaire, chevalier de la Légion d'honneur. 1846-1907.


Ajoutons que lors de la translation du cimetière, les restes de l'évêque de Toul furent réunis à ceux de sa soeur et déposés dans un même coffre.

Nul à Gagny ne se souvient de Mgr de Champorcin, qui vint s'éteindre, très vieux, dans le château de sa soeur cadette. Le nom des Laugier-Villars, bienfaiteurs de la commune, a été donné à une rue de l'endroit, et, en interrogeant quelques anciens du pays, j'ai obtenu toujours la même réponse : C'étaient de bien bonnes gens.

A Meaux également, le souvenir du cardinal de Bissy est complètement effacé. rien ne rappelle dans la vaste cathédrale gothique (où l'on a érigé jusqu'à trois monuments à Bossuet, sans parler de sa pierre tombale), le nom et les largesses de l'évêque de Toul et de Meaux, successeur du plus grand orateur de l'Eglise de France, rien, sinon le pavé de marbre du choeur, sinon un magnifique portrait (naguère transporté de l'Evêché au Musée de la ville avec un buste en marbre du cardinal de Polignac), sinon l'autel majeur de 1726 (toujours debout), en marbre verdâtre, plus estimé qu'agréable à l'oeil, orné d'un superbe médaillon de saint Etienne, en cuivre doré, ciselé par Caignard, sculpteur de Louis XV.

Meaux-Gagny, septembre 1912. Emile BanaL.

P. S. Au retour de mon voyage à Gagny (Seine-et-Oise), j'avais écrit à Mme la marquise Guilhem de Pothuau, née Laugier Villars, pour lui demander si elle ne possédait pas un portrait de son arrière-grand-oncle, l'évêque de Toul.

Voici l'intéressante réponse que j'ai reçue du marquis de Pothuau.

Chitenay (Loir-et-Cher), le 1er octobre 1912.

Monsieur,

Mr Guilhem de Pothuau, fort souffrante en ce moment, me charge de vous répondre au sujet de M des Michels de Champorcin. Elle ne possède que trois topazes qui ont dû être autrefois chatons de bagues épiscopales et une aiguière d'argent sans le plateau, supposée provenir de l'évêque de Toul, mais sans armes ni chiffres qui puissent garantir l'authenticité.

J'ai écrit à mon beau-frère, le comte de Laugier Villars. Il possède une miniature (dont on m'a donné une copie au pastel), derrière laquelle mon beau-père a écrit : Etienne François Xavier des Michels de Champorcin, né en 1725, évêque comte de Toul en 1774, mort à Gagny en 1807. Il était prince du Saint-Empire et chef du Chapitre noble de Toul.

Mon beau-frère possède encore la croix de l'évêque (croix pectorale) et la montre de Mgr des Michels de Champorcin.

Il n'a trouvé nulle part, dans ses archives, la brochure à laquelle vous faites allusion.

II cherchera encore et se propose de faire photographier la miniature.

Je me souviens aussi que j'ai un cachet aux armes des Michels, gravé sur améthyste.
Veuillez agréer, je vous prie, Monsieur, l'expression de mes meilleurs sentiments.

Guilhem de Pothuau

4 commentaires:

Anonyme a dit…

cela est très intéressant et fort bien narré, merci!

par soucis de précision, bien que cela n'enlève rien à l'intérêt que je porte à votre biographie, le prédécesseur de Mgr de Champorcin s'appelait " monseigneur Drouas de Boussey" et non pas "Drouas de Houssey".

merci beaucoup!

Gilles Dubois a dit…

Merci de m'avoir signalé cette faute de frappe, je viens de la corriger...

Anonyme a dit…

Bonjour. Merci pour cet article très intéressant que je découvre en faisant des recherches sur Mgr de Champorcin. Il faut tout de même dire que celui-ci a été honni des Toulois, car il a accepté le démentellement de l'évêché millénaire de Toul au profit de Nancy (1773); il a reçu en indemnité l'abbaye de Saint-Mansuy, à Toul, après que l'abbé Bertin aie été contraint d'en démissionner sur ordre du Roi.

Gilles Dubois a dit…

Merci pour ce complément