05 novembre 2005

Sources du nobiliaire de l'état d'Avignon et du comté Venaissin par Jules de Terris

Extrait de l'Annuaire du Conseil héraldique de France
BnF/Gallica : http://gallica.bnf.fr/document?O=N0036886
pages 1666 à 176
L'annuaire du Conseil Héraldique a déjà publié plusieurs articles fort intéressants sur les sources des nobiliaires de plusieurs des provinces de notre ancienne France. Ces articles, d'une utilité pratique incontestable, sont, pour tous ceux qui ont le culte de l'histoire, un auxiliaire puissant pour guider leurs recherches à travers les incertitudes du passé, et leur permettre de secouer avec fruit la poussière de nos vieilles archives.

L'histoire de la noblesse comtadine est fort peu connue, et c'est à peine si quelques rares privilégiés ont eu la bonne fortune de recueillir quelques épaves de ses parchemins dispersés, alors que les autres provinces, malgré les ravages des révolutions et du temps, possèdent encore d'innombrables documents qui nous permettent aujourd'hui de faire revivre les générations disparues.

Les États pontificaux de France n'ont jamais eu de héraut d'armes, nos vieilles familles n'y ont jamais été soumises à des recherches et à des preuves souvent vexatoires, et le gouvernement paternel des Papes poussait très loin la bienveillance pour ne troubler en rien la sérénité de ses heureux habitants.

Le comtadin, en général, ne payait pas d'impôt ; il trouvait au milieu de ses fertiles campagnes toutes les richesses agricoles qu'il pût désirer ; la garde d'honneur qui veillait à la porte de ses Vice-légats suffisait largement, avec la maréchaussée pontificale, à assurer la sécurité du pays, et lorsque la fantaisie lui prenait de franchir la frontière du Roi de France, il y jouissait de tous les privilèges de regnicole, sans en avoir les inconvénients. Avignon et le comté Venaissin étaient donc le pays le plus heureux que l'on pût rêver sous l'ancienne monarchie. Participant à la fois de l'industrieuse activité française et de l'insouciance italienne, les comtadins vivaient heureux et tranquilles sous le sceptre pontifical, aimant à cultiver les arts et fiers de rappeler les années glorieuses pendant lesquelles la ville d'Avignon et celle de Carpentras abritèrent tour à tour le trône de Saint-Pierre.

Jamais donc aucune recherche ne fut ordonnée contre la noblesse, qui payait en fidélité ce que le Pape lui donnait en bienveillance. Une fois seulement, le Gouvernement pontifical manifesta le désir de la réglementer et de s'opposer aux usurpations. Le 4 février 1729, Mgr Delci, vice-légat, en conformité des ordres qu'il avait reçus du cardinal Coscia, du 15 janvier de la même année, rendit une ordonnance pour défendre à toute personne de prendre le titre et la qualité de noble, si elle n'y avait droit, à peine de 500 écus pour la première fois et de 1000 écus en cas de récidive. Cette ordonnance resta d'ailleurs à peu près lettre morte, et c'est à peine si nous avons pu trouver une seule poursuite, dont nous ignorons, au surplus, le résultat ; mais elle eut, du moins, ce résultat assez pratique, c'est que beaucoup de familles profitèrent de l'occasion pour solliciter et obtenir de la bienveillance des Papes des brefs de noblesse et régularisèrent ainsi leur situation sous forme de réhabilitation, de confirmation de noblesse ou même sous forme d'anoblissement direct.

On retrouve encore la plupart de ces brefs dans les archives du Vatican. Plusieurs registres, toutefois, ont disparu à la suite de l'occupation de Rome, dans les premières années de ce siècle. On les trouve également, pour la plupart du moins, soit dans les archives de la Chambre apostolique et de la Rectorie, soit dans les dépôts publics et dans les collections particulières dont les copies remplacent, d'une certaine façon, ces titres originaux.

La noblesse des États Pontificaux pouvait se diviser en deux catégories bien distinctes : la première comprenant les familles venues en très grand nombre des pays étrangers, de l'Italie surtout, attirées par le séjour des Papes ou de leurs légats; et la seconde, les familles originaires du pays
V. le Chartrier français ou Recueil de doc. authent. concernant la noblesse, 2e année, 1868, p. 31 et suiv.
Pour les premières, c'est surtout dans leurs pays d'origine qu'il faut rechercher l'histoire de leur illustration, avant qu'elles ne fussent devenues comtadines; pour les dernières, plusieurs étaient d'une très haute antiquité, mais la plupart arrivées à la noblesse par les charges anoblissantes et le doctorat.

Les charges anoblissantes étaient assez nombreuses dans le Comtat.
  1. C'était d'abord la charge de primicier de l'Université d'Avignon. Le pape Benoît XIII, par bref du 17 Décembre 1728, déclare que le primicérat était, tant pour le passé que pour l'avenir, un titre primordial de vraie noblesse. Clément XII, par bref du 6 mai 1736, accorde à nouveau la noblesse héréditaire aux primiciers, tandis que le Roi de France les décorait lui-même du titre fort envié de gentilhomme de sa chambre.
  2. Les charges de président et d'auditeurs de Rote jouissaient également de la noblesse en vertu d'un bref du 3 septembre 1748.
  3. La charge de vice-gérant.
  4. Celle de vice-reoteur, la plus haute fonction dont pût être pourvu un comtadin.
  5. Celle de président de la Chambre apostolique, en vertu d'un bref de Clément XII du 16 octobre 1730.
  6. La charge d'avocat général de la Légation d'Avignon et celle d'avocat général de la Chambre apostolique de Carpentras.
  7. Celle de secrétaire des bulles de la Légation, en vertu d'un bref du 9 octobre 1737.
  8. La charge de secrétaire d'Etat et archivaire.
  9. Le Trésorier de la Chambre apostolique à Carpentras, suivant bref du 30 septembre 1785.
  10. Le Trésorier de la Chambre à Avignon.
  11. La charge de greffier ou chancelier de la Rectorie, suivant bref du 15 mars 1777.
  12. Celle de greffier ou secrétaire de la Chambre Apostolique (brefs des 20 juillet 1729 et 19 février 1788).
  13. Enfin la charge d'intendant de la monnaie, suivant bref du 24 janvier 1729.
Quant au titre de docteur pris à l'Université d'Avignon, bien qu'il n'ait jamais été regardé d'une manière positive comme titre primordial de noblesse, il a été néanmoins toujours considéré comme conférant un véritable anoblissement. La noblesse était personnelle au premier degré, mais on considérait généralement qu'elle devenait héréditaire si le fils du premier docteur recevait le doctorat à son tour. De nombreux documents officiels, des bulles pontificales et des certificats émanant des vice-légats viennent, au surplus, consacrer cette jurisprudence.
Voir notamment aux Archives départementales de Vaucluse, fonds de l'Université, un long mémoire latin sur la noblesse émanant du doctorat et une ordonnance de l'intendant du Dauphiné visant une attestation du vice-légat en date du 21 août 1698, reconnaissant, au profit de Michel de Silvestre, la noblesse qu'il tire de sa qualité de docteur de l'Université d'Avignon (Carton coté D-45.)
Il est certain qu'avec la facilité que donnait le Gouvernement paternel des Papes pour entrer dans le corps de la noblesse, les familles nobles se trouvaient fort nombreuses dans le Comtat.

Quant aux sources officielles auxquelles les généalogistes peuvent recourir pour remonter à l'origine de nos vieilles familles comtadines, elles se trouvent relativement réduites. En effet, comme je le disais tout à l'heure, il n'y a jamais eu de recherches dans les États du Pape, point de preuves pour l'entrée aux États, aux Ecoles, aux chapitres, point de preuves pour les honneurs de la Cour. Néanmoins on trouve encore des sources importantes, que nous allons résumer dans les deux paragraphes suivants :

DOCUMENTS MANUSCRITS

Les sources officielles, où l'historien peut utilement se renseigner, sont :

  1. Les archives vaticanes, où se trouvent les registres originaux qui renferment les brefs de noblesse conférés par les Papes.
  2. Les archives de la Chambre apostolique et de la Rectorie de Carpentras, en partie conservées aux archives départementales, à Avignon, et en partie à Carpentras, soit dans les dépendances du Tribunal civil, soit encore parmi les manuscrits de la bibliothèque d'Inguimbert.
  3. Les registres des notaires et les anciens registres des paroisses, malheureusement bien incomplets et bien mal tenus.
  4. Les archives départementales, où se trouvent les registres des insinuations de la presque totalité des communes de la province, les fonds des anciens évêchés, des anciens couvents, des corporations, et une foule considérable de titres de famille parfaitement classés depuis ces dernières années. On peut consulter avec fruit les actes de reconnaissances qui, en rappelant l'origine de chaque propriété, donnent en même temps la filiation exacte des anciens propriétaires ; comme aussi la collection des anciens cadastres, de ceux notamment dressés au quinzième siècle, à la suite d'une mesure administrative probablement et qui se trouvent nombreux encore dans le riche dépôt de nos archives.
  5. Les collections de Peyresc, de Tissot et autres, à la bibliothèque d'Inguimbert, à Carpentras, où l'on trouve beaucoup de documents généalogiques ; les Documenta Medii oevi, ainsi que les notes sur la Noblesse du Comtat et d'Avignon, de Curel, à la bibliothèque d'Avignon, fruit de patientes et intelligentes recherches, où l'amateur trouve toujours à glaner.
  6. Le livre des vidimats et vérifications des titres de noblesse enregistrés à la Cour suprême de la Rectorie du Comté Venaissin, séant à Carpentras, dans lequel se trouvent les titres d'une centaine de familles environ ; à la bibliothèque de Carpentras.
  7. Le Repertorium Camerale, extrait des archives de la Chambre apostolique, in-folio de 1127 pages, écrit en entier de la main de M. de Gaudin, dernier président de la Chambre apostolique; à la bibliothèque d'Inguimbert.
  8. Pot-pourri pour les practiciens. Ce recueil a été écrit par M. Olivier, notaire et greffier de la Rectorie, et contient des notes fort intéressantes sur les diverses inféodations, concessions de titres, anoblissements qui se trouvent dans les archives de la Chambre apostolique; également à la bibliothèque d'Inguimbert.
  9. L'histoire de la ville de Pernes, par Jean-Julien Giberti, manuscrit original, contenant de nombreuses notices généalogiques; à la bibliothèque de Carpentras.
  10. Le nobiliaire de la ville d'Apt, par F. de Remerville, manuscrit; à la bibliothèque Mazarine, à Paris.
  11. Les collections de sceaux d'Avignon, du Comté Venaissin et de la principauté d'Orange; fonds de Massillan, à la bibliothèque d'Avignon.
  12. Armorial des familles d'Avignon et du Comté Venaissin, que nous croyons de Pierre d'Hozier; dans le No 180 du Cabinet des titres de la Bibliothèque nationale, vers la fin de ce recueil d'anciens armoriaux, entre l'Armorial de Bretagne et celui de Guy-Louis de Longueil (XVIIe siècle).
  13. Généalogies des familles d'Avignon et du Comté Venaissin; mss. No 626 dud. Cabinet des titres.
  14. Histoire généalogique des maisons nobles de Provence, du Comtat, d'Avignon, de la principauté d'Orange et du comté de Nice, par Pierre et Charles d'Hozier, partie imprimée, partie mss. (XVIIe siècle); n° 780 dud. Cabinet des titres j.
  15. Enfin, les archives de familles et les collections particulières. Parmi ces dernières je ne puis oublier celle de M. le marquis de Seguins-Vassieux, l'un des présidents d'honneur du C. H. de France, où l'amateur est sûr de trouver, avec le plus aimable accueil, une de nos plus riches collections de documents provençaux et comtadins sur nos vieilles familles.
DOCUMENTS IMPRIMES

Parmi les ouvrages imprimés que l'historien peut consulter utilement, nous signalons:
  1. Histoire de la Noblesse du Comté Venaissin, d'Avignon et de la principauté d'Orange, par Pithon-Curt. 4 volumes in-4°.
  2. Essai généalogique sur la Noblesse du Comté Venaissin et de la ville d'Avignon, in-4°, 288 p., par Mistarlet. -- Déjà, en 1782, l'abbé de Rivettes avait commencé la publication de cet ouvrage, qui fut reprise plus tard par Mistarlet. Pour céder au goût du temps, Mistarlet eut la pensée de publier un armorial en feuilles de la ville d'Avignon et du Comté Venaissin, et d'utiliser pour cela les planches de son ouvrage. Il lança un prospectus, annonçant qu'il mettait son travail en souscription et qu'il comprendrait de 6 à 7 planches. La souscription dut échouer, sans doute, car il ne fit paraître que les deux premières feuilles, devenues introuvables et dont un seul exemplaire connu se trouve dans la collection naissante de Saint-Jaume, par Sault-de-Vaucluse.
  3. Histoire de Provence, par César de Nostradamus, où figurent de nombreuses familles des Etats pontificaux.
  4. Istoria clella città d'Avignone e del contado Venosino, du P. Sébastien Fantoni-Castrucci.
  5. Les divers ouvrages de Cottier, et notamment sa Notice historique sur la ville de Carpentras, et son Histoire des Recteurs.
  6. Lettre sur la noblesse avignonnaise, de M. Fabri de Châteaubrun.
  7. Tous les nobiliaires de Provence et les divers ouvrages d'histoire locale qui ont paru jusqu'à ce jour sur la province.
Nous restons certainement bien incomplet et nous prions le lecteur d'excuser les oublis que nous avons dû faire ; heureux si ces quelques notes peuvent servir à ceux qui, comme nous, gardent fidèlement le culte de notre glorieuse histoire et qui s'honorent de travailler à en perpétuer la mémoire !

JULES DE TERRIS.

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