16 décembre 2006

Etienne-François-Xavier des Michels de Champorcin

Source : La France pontificale, Honoré Fisquet.
BnF/Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k204181x/f270.item
Armes : d'azur, à un cor de chasse d'or, virolé et lié de même, surmonté à dextre d'une croix de Lorraine aussi d'or, et à senestre d'une épée d'argent, la pointe en haut.
44. — ETIENNE-FRANÇOIS-XAVIER DES MICHELS DE CHAMPORCIN (1771-1773).

Etienne-François-Xavier des Michels de Champorcin naquit le 16 septembre 1721 à Champorcin, paroisse de la Javie, diocèse de Digne, et était fils de Henri des Michels de Champorcin, seigneur de Champorcin, la Javie, Chaudol et Sainte-Colombe, gouverneur de Digne, et de Thérèse de Brouchier. Vicaire général du diocèse d'Arles, successivement archiprêtre et sacristain de cette église métropolitaine, il fut nommé par le roi, en mai 1774, à l'évêché de Senez, et sacré à Arles le 17 juin de la même année. Il prit possession du siège le 14 octobre suivant, ne fit que fort peu pour ce diocèse, et, le 1er novembre 1773, par brevet du roi, fut transféré à l'évêché de Toul.

Préconisé pour ce siège dans le consistoire du 18 avril 1774, M. de Champorcin arriva à Toul sous les préventions les plus défavorables : car on savait que sa nomination avait été effectuée à la condition de ne pas s'opposer à l'érection des siéges épiscopaux de Nancy et de Saint-Dié, démembrés du diocèse de Toul. Vainement les Toulois portèrent-ils leurs doléances au pied du trône, le chapitre et l'évêque de Toul ayant adhéré au démembrement, il fut consommé le 12 mars 1775. Pour récompenser la docilité du prélat et sous le titre d'indemnité, l'abbaye de Saint-Mansuy, qui valait 20,000 livres de rente, fut unie à l'évêché. Le chapitre, de son côté, reçut en don la jouissance de cette riche mense abbatiale pendant une année, à chaque changement d'évêque, mais la Révolution empêcha ces faveurs de se réaliser.

Le préjudice causé à la ville de Toul par la réduction du diocèse, ne fut pas la seule plaie dont elle ait eu à souffrir sous l'épiscopat de M. de Champorcin, ni le seul grief qu'elle ait cru devoir lui reprocher. Peu touché de ses plaintes à cet égard, l'évêque, un an après, sollicita une mesure qui acheva de jeter la désolation parmi les Toulois et de lui faire perdre pour toujours leur affection. Il demanda et obtint, outre une décoration particulière pour tous ses chanoines, l'anoblissement de leur chapitre. Les croix furent accordées à ceux-ci comme une nouvelle récompense de leur complaisance à souscrire au démembrement, et l'anoblissement du corps fut une concession faite à la vanité de l'évêque. Le brevet arraché à la faiblesse du roi, le 18 août 1776, portait « qu'à l'avenir, nul ne pourrait être reçu chanoine de la cathédrale de Toul sans avoir fait preuve de trois degrés de génération de noblesse, du coté paternel seulement. » Cet acte de condescendance de la part de la cour de France, inconcevable d'ailleurs à l'époque où il eut lieu, excita les murmures de la bourgeoisie touloise, qui se voyait ainsi privée de la ressource de placer désormais ses enfants dans le chapitre de la cathédrale. Le corps municipal, les membres du bailliage, l'assemblée des quarante notables se pourvurent sans délai au parlement de Metz, pour s'opposer à l'enregistrement des lettres d'anoblissement du chapitre; une députation se rendit auprès du prélat le 7 novembre, pour lui faire ses plaintes à cet égard. M. de Champorcin l'accueillit fort mal et déclara que « c'était lui qui avait sollicité ce brevet et qu'il ferait tout pour sa réussite. » En effet, la cour du parlement de Metz enregistra les lettres patentes dans son audience du 17 février 1777.

A peine la nouvelle en arriva-t-elle à Toul que ce fut un éclat général de rumeurs et d'invectives contre l'évêque et les chanoines. On les chansonna, on les insulta publiquement, pendant longtemps. Lorsque M. de Champorcin traversait la ville dans sa voiture, le peuple affectait de crier : Vive Drouas. C'était le prédécesseur immédiat du prélat. Enfin une profonde inimitié ne cessa de régner dès lors entre lui et la bourgeoisie jusqu'à l'époque de la Révolution. On se doute bien que les Toulois l'accueillirent avec enthousiasme. Le 14 juillet 1790, la ville de Toul célébra l'anniversaire de la prise de la Bastille et la fête de la Fédération. Une messe fut chantée en grande pompe à la cathédrale par M. de Champorcin qui, ce jour-là, entonna aussi le Te Deum, mais ce fut la dernière cérémonie où le prélat officia pontificalement. La constitution civile du clergé ayant été sanctionnée par Louis XVI le 24 août suivant, il refusa énergiquement d'y adhérer, et quelques mois après quitta Toul.

M. de Champorcin laissa peu de regrets dans son diocèse, et encore moins dans la ville de Toul où l'anoblissement du chapitre et ses manières peu conciliantes lui avaient aliéné tous les esprits.

M. de Champorcin émigra, signa toutes les protestations des évêques de France, notamment la lettre écrite au souverain Pontife, le 13 février 1802, par ceux qui résidaient en Angleterre, et ne rentra en France qu'en 1803. Il vint se fixer au petit village de Gagny, près Versailles (Seine-et-Oise), et y mourut le 19 juillet 1807, à l'âge de 86 ans. On l'inhuma dans le cimetière paroissial et son tombeau ne reçut même aucune inscription; mais en 1839, par les soins de son petit-neveu, M. le comte de Laugier-Villars, le cercueil du prélat fut transporté dans une sépulture de famille, au nouveau cimetière de la même commune.

Cet évêque portait pour armoiries : d'azur, à un cor de chasse d'or, virolé et lié de même, surmonté à dextre d'une croix de Lorraine aussi d'or, et à senestre d'une épée d'argent, la pointe en haut.

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