21 décembre 2006

Peiresc généalogiste

Source : Annuaire du Conseil héraldique de France. 1888.
BnF/Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k368843/f120.item

Pour faire suite au billet d'hier sur les manuscrits de Peiresc, voici un article de Philippe Tamizey de Larroque publié dans l'Annuaire du Conseil héraldique de France de 1888 qui donne une idée de la quantité et de la qualité des travaux de Fabri de Peiresc en généalogie.
On a souvent loué le savoir encyclopédique de Peiresc, et on a pu dire en toute vérité que « c'est plaisir de voir la merveilleuse aisance avec laquelle il s'occupe tour à tour de l'histoire ancienne et de l'histoire contemporaine, de recherches astronomiques et de recherches archéologiques, de bibliographie et d'histoire naturelle, de travaux géographiques et de travaux philologiques. »
Lettres de Peiresc aux frères Dupuy, publiées dans la collection des Documents inédits sur l'Histoire de France. Paris, Imprimerie Nationale, tome 1er, in-4°, 1888, Avertissement, p. 4. Conférez Un grand amateur français du XVIIe siècle. Fabri de Peiresc, par Léopold Delisle, membre de l'Institut. Toulouse, Ed. Privot, 1889, in 8°, p. 6.
L'admirable chercheur ne négligea pas les études généalogiques. Ce fut même avec une sorte de prédilection qu'il recueillit, pendant une grande partie de sa vie, des documents relatifs aux vieilles familles de l'Europe, en général, et de la France, en particulier.

Dans la collection qui porte son nom, à l'Inguimbertine de Carpentras, on trouve plusieurs registres où figurent ces documents. Nous citerons, par exemple, le registre III, qui renferme beaucoup de choses sur les armoiries, les devises, les hérauts d'armes, en un mot, sur tout ce qui regarde la science héraldique ; le registre X, où se déroulent des tableaux généalogiques, avec blasons coloriés, consacrés à la famille de Fabri ;
Les renseignements réunis là ont été mis à profit par Gassendi dans les premières pages de sa biographie de Peiresc, laquelle ne sera jamais assez louée (Paris, 5645, in-4°). On peut en rapprocher les Généalogies des maisons de Fabri et d'Ayreux par Jules de Bourrousse de Laffore, président de la société des sciences, belles- lettres et arts d'Agen (Bordeaux, 1884, in-8°).
le registre XIII, entièrement occupé par la généalogie de la maison d'Autriche ; les registres XXII et XXXII, où sont réunies diverses généalogies ; le registre LXVII, tout rempli de traités généalogiques pour l'histoire des comtes de Provence; le registre LXVIII, formé de titres et mémoires pour la famille des Porcellets ; les registres LIX et LXX, où abondent les généalogies provençales, notamment les généalogies des maisons d'Agoult, de Baux, de Brancas, de Briançon, de Castellane, de Foresta, de Grignan, de Lascaris, de Luynes, d'Oraison, de Pontevès, de Puget, de Roquebrune, de Sabran, de Simiane, de Vallavoire, de Villeneuve, etc.

Pour montrer encore mieux le vif intérêt que prenait Peiresc aux questions généalogiques, je vais reproduire un lettre qu'il adressait, le 12 novembre 1633, au marquis d'Albigny de Simiane, et où l'on trouvera divers détails curieux sur la maison que l'éminent érudit se plaît à appeler, sans crainte du pléonasme, la « très illustre et célèbre maison de Simiane ».

PHILIPPE TAMIZEY DE LARROQUE.

AU MARQUIS D'ALBIGNY DE SIMIANE

Monsieur,

Le sieur le Roux de Saluces que V. E. a envoyé en ce pays pour les affaires de votre maison, m'ayant esté adressé de la part de M. du Barroux et m'ayant communiqué les mémoires et instructions dont vous l'aviez chargé concernant la généalogie de vos ancêtres, je lui ay fait voir l'arbre que j'en avois autrefois dressé et quelques pièces et extraits que j'avois retenu d'aucuns des principaux actes qui m'en estoient passés par les mains, dont il a désiré copie que je luy ay fort volontiers accordée pour la grande vénération que j'ay portée de longue main à toute votre très illustre et célèbre maison de Simiane et particulièrement à la valeur de feu M. d'Albigny, votre père (1), et que je désire continuer à la personne de V. E. et de tous les vostres, aussi bien qu'à la piété singulière de Madame la Marquise de Pianesse, votre mère (2), qui s'est rendue si recommandable en nos jours et tout fraîchement par les riches offrandes qu'elle a envoyé faire à Ste-Anne (3), et d'autant que j'ay vu que vous désiriez des extraits authentiques des dates et documents dont est fait mention dans les vieilles instructions de la maison de Gordes dressées dès l'an 1587, ce qu'on présuppose, par le sieur de Saint-Sernin, suppléées de la main de feu M. de la Roche Giron, Aymar de Simiane (4), en l'an 1587 qui sont dans les archives de la maison de Gordes et dont vous avez des copies, et que l'absence de M. le marquis de Gordes en peut rendre la recherche difficile, présentement et de longue attente, j'ay creu que V. E. n'auroit pas désagréable que l'on fist extraits des pièces que j'avois autrefois veues dans les Archives du Roy en la Chambre des Comptes, justifications des plus honorables marques de haute noblesse qui se puissent avoir en cette province et pour cet effet j'y mené hier cet honnête homme pour les luy faire voir à luy mesme et en fit mettre à part aucunes des principales pour les extraits, entre autres un hommage de l'an 1250 ou environ fait au roy Charles, comte de Provence, par Isnard de Pontevès, lors aisné de la maison de Sault ou d'Agoult (5), pour un tiers de la ville d'Apt et pour la moitié du lieu d'Agoult, pour tout le lieu de Rossillon et autres terres soubz la réciproque promesse que le prince luy fait de faire maintenir aux mesmes libertés, franchises et honneurs que sont tenus les seigneuries de Simiane ou ceux d'Agoult, par lesquels termes il appert que ceux de la maison d'Agoult se tenoient bien honorés d'estre traittés à l'esgal des seigneurs de Simiane et mesme de leur céder, comme il semble, quelque grand rang qu'ils ayent prétendu et tenu de tous temps en ceste province, et un autre acte de l'an 1156 sur la réception des ostages du traité de paix d'entre les comtes de Barcellonne et de Provence, oncle et nepveu d'une part, et la princesse Estiennette, leur tante, avec les enfans et partisans, d'autre, pour la réduction de la forteresse de Trinquetaille, d'Arles à l'obéissance de ses princes sous la peine de dix mil sols et la caution de quatre grands seigneurs, entre lesquels un Guiraud de Simiane tient le premier rang, encores que celuy qui le suit immédiatement nommé Rames de Castlaraye depuis veu fondre dans sa maison toute la Conté de Forcalquier et ycelle partagée entre ses deux petites filles mariées au comte de Provence et avec celuy de Viennois respectivement et encores que celuy qui est mis au troisiesme rang nommé B. Pelet comte de Melguior fust frère utérin du mesme comte de Provence qui estoit la principale partie intervenante à ce traitté, d'où il faut colliger que la maison de Simiane estoit réputée pour lors d'une bien haulte extraction et appuyée de bien haultes alliances.
1. On sait que Charles de Simiane d'Albigny fut décapité, le 17 janvier 1608, par ordre du duc de Savoie.

2. Mathilde de Savoie, fille naturelle d'Emmanuel Philibert, duc de Savoie, et de Béatrix de Langusco, marquise de Pianezze, mourut à Suze en 1649, surintendante de la maison de Christine de France, duchesse de Savoie. C'est par le mariage de Mathilde que la terre de Pianezze est entrée dans la famille de Simiane.

3. Il s'agit là de l'église cathédrale d'Apt, sous l'invocation de sainte Anne, lieu de pèlerinage très fréquenté et où, une trentaine d'années plus tard, la reine Anne d'Autriche vint honorer les reliques de sa patronne (27 mars 1660).

4. Aimar de Simiane, seigneur de la Rochegiron, né en 1536, épousa Hortense Cenami et n'en eut qu'un fils, Paul, mort sans alliance. Il était le onzième fils de Bertrand Rambauld de Simiane, baron de Caseneuve et de Gordes, et de Pierrette de Pontevès de Cabanes. C'était le grand-oncle du destinataire de la présente lettre.

5. M. le Marquis de Boisgelin, dont la compétence et l'amabilité sont également célèbres, veut bien me rappeler que les généalogistes sont d'accord pour regarder la maison d'Agoult comme tige de celles de Pontevès et de Simiane.
Et de fait vous aurez l'extrait du testament du dernier comte Bertram de Forcalquier d'environ l'an 1168 où il institue héritier son frère Guillaume et advenant que son frère n'approuve certains lais y contenus en faveur de la religion de saint Jean de Hiérusalem, il révoque ladite institution d'héritier et fait le département de sa succession en trois parts dont il veut que le comte de Toulouze, son cousin, aye tout le pays qui lui appartenoit depuis Sisteron jusques aux Alpes, que ses cousins Guillaume de Sabran et Guillaume de Simiane avec leurs petits nepveux ayent le pays d'entre Sisteron et le Rosne, et que son cousin Raymond de Mevouillon aye Sisteron avec les vallées de Noyers et Saint-Vincent (1), ne laissant que certaines terres à la princesse Alya, sa soeur. Or d'autant que ceux de votre maison ont autrefois possédé la seigneurie de la ville d'Apt, et que après en avoir fait divers partages et subdivisions entre eux, si bien les Roys comtes de Provence en avoient acquis diverses portions ils en ont pourtant longuement possédé aucunes en partage avec leurs maistres. Je fis mettre à part dans les archives de la Chambre des Comptes divers registres et liasses d'hommages et autres anciens titres de documents justificatifs tant des acquisitions faites par les Roys que de la possession continuée par ceux de vostre maison pour marquer des prérogatives d'honneur qu'elle a conservées de temps en temps affin que vous les puissiez faire extraire, si bon vous semble. Cependant je n'ai pas laissé d'en fournir quelques pièces et mémoires de ma part, selon qu'il s'en est trouvé d'aucuns à ma disposition, et spécialement un acte de l'an 1323 par où il appert que les officiers d'un Guiraud de Siiniane, lors conseigneur de la ville d'Apt, achetèrent les meubles de l'hostel de ville conjointement avec les officiers du Roy, un autre de l'an 1188 par lequel un Bertrand Raimbauld, seigneur de Simiane, donne la seigneurie de Bonnelelher à l'abbaye de Valsamte et de trez grands privilèges dont j'ay fait voir l'Original à vostre homme escript en parchemin ayant encore le seau pendant ; le cavallier qui y est représenté armé de toutes pièces et avec les anciennes armoiries de la maison ; enfin il seroit trop long de vous en faire le dénombrement de tout ; seulement en cotteray un autre de l'an 1225 dont j'ay pareillement exhibé l'original avec sa bulle de plomb d'une dame Samce de Gaillé, femme de Bertran de Caseneufve, dame en partie de Gaillé, laquelle y dispose de quelques domaines nobles de la ville de Yères où elle avoit part avec ses frères et cousins (2), et n'attends pour faire mettre au net la copie de la généalogie que j'en avois cy devant dressé, si ce n'est que nous ayons les pièces de la Chambre des Comptes pour les induire et datter en leur lieu sur les personnes y desnommées. Cependant vostre homme désire de vous donner advis à l'advance, à quoy j'ay fort volontiers condescendu pour avoir moyen de vous offrir mon trez humble service, ensemble à Madame la Marquise, vostre mère, et à tous les vostres, y estant obligé non seulement par une ancienne inclination qui m'avoit fait desvouer à toute vostre maison, mais encore par une nouvelle alliance que nous avons contractée depuis quelque temps avec une fille de feu Monsieur de Rousset et de Madame Isabeau de Simiane de la maison de Chasteauneufdu Comté Venessien que mon nepveu de Rians a espousée et par mesme moyen toute sorte de reverance au sang de cette ancienne famille et nous a fort estroitement attachez quant et luy et tous les nostres et moy, principalement d'estre soubz l'adveu de Vostre Excellence tout le temps de ma vie, Monsieur, Vostre trez humble et trez obeissant serviteur.

DE PEIRESC.

A Aix, ce 12 novembre 1633 (4).
1. Ces deux terres, situées dans le département des Basses Alpes, appartenaient à la famille de Fauris au moment de la révolution

2. L'excellent guide mentionné un peu plus haut craint que Peiresc ne fasse erreur en avançant que Bertrand de Caseneuve appartenait à la famille de Simiane : du moins, ajoute-t-il, n'en ai-je jamais trouvé mention Je demande à M. le Marquis de Boisgelin la permission de défendre contre lui mon cher héros et de représenter que, puisque Peiresc parle d'un sceau, il y a très probablement vu les armes de Simiane.

3. Claude Fabri de Rians avait épousé, en 1632, Marguerite des Alrics de Corneillan, fille de Jacques, seigneur de Rousset, et d'Isabeau de Simiane de Châteauneuf.

4. Bibliothèque Nationale, fonds français 20,287, f° 38.

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