17 mai 2010

Famille Carlet de la Rozière

ROZIÈRE (CARLET DE LA), famille noble et ancienne, originaire du Piémont, qui vint s'établir en France, au commencement du 15e siècle. Dès l'an 1420, on trouve cette famille employée avec distinction dans les armées françaises où elle a fourni depuis de grands capitaines.
  1. Louis-Charles Carlet DE LA ROZIÈRE, chevalier de l'ordre royal et militaire de St.-Louis, officier au régiment de Canizy, se distingua au fameux combat de Morbeigno, gagné par les Français, commandés par le duc de Rohan, sur les Espagnols, le 10 novembre 1635 ; blessé grièvement à cette affaire, il fut nommé capitaine sur le champ de bataille, et peu d'années après officier supérieur dans le même corps. Surnommé l'honneur de l'infanterie française, ce vaillant capitaine se montra constamment digne d'une aussi glorieuse qualification. On le voit à la bataille de Rocroy en 1643, aux combats de Fribourg en 1644, à Nortlingen, à Lens, à Senef, etc. ; Turckeim en 1675 ; aux sièges de Condé, Bouchain et d'Aire ; et enfin à l'assaut du fort de Kell en 1678, où il se fit encore remarquer par des prodiges de valeur. Il mourut en 1701, dans un âge très avancé.

  2. Marc Carlet DE LA ROZIÈRE, chevalier de l'ordre royal et militaire de St.-Louis, fils aîné du précédent, capitaine au régiment de Conty, infanterie ; puis major dudit régiment en 1726. A l'exemple de son père il entra jeune dans la carrière des armes et la parcourut avec distinction. Il se trouva aux batailles de Malplaquet, de Fleurus, de Steinkerque en 1692, de Nerwinde, ainsi qu'à la malheureuse journée de Hochstett ; à celle de Mons en 1709, et de Denain en 1711, et reçut la croix de St.-Louis pour prix de son courage et de sa valeur. Il mourut couvert de blessures en 1744, âgé de 86 ans, à Neuf-Brisac, où sa famille lui fit élever un mausolée. Il eut entre autres enfants :

  3. Jean Carlet DE LA ROZIÈRE, chevalier, fils aîné du précédent, qui en 1709 entra dans le régiment de Conty, infanterie, où il fit la campagne de Flandres sous le maréchal de Villars et combattait à côté de son père à la bataille de Denain où il fut grièvement blessé. Il fut nommé capitaine aide-major au même régiment en 1726, et se trouva à la défense de Prague en 1742, où il donna les plus grands exemples d'intrépidité. Il reçut d'honorables blessures au siège de Fribourg, à Parme et à Guastalla, puis à l'affaire de l'Assiette en 1747 où une balle lui traversa la poitrine. Il devint officier supérieur de son régiment et reçut la croix de l'ordre royal et militaire de St.-Louis, comme un témoignage glorieux de sa valeur et de son mérite. A la paix de 1763 il fut nommé brigadier des armées du roi, commandant la ville de Calais où il resta 54 ans. Il mourut au château de la Rozière en 1780, âgé de 84 ans, après avoir fourni une carrière militaire aussi longue qu'honorable et ayant servi sous trois de nos rois. Il laissa entre autres enfants :

  4. Louis-François Carlet DE LA ROZIÈRE, chevalier, marquis de la Rozière, né au Pont-d'Arche, près Charleville, le 10 octobre 1733 ; il entra au service en 1745, comme volontaire dans le régiment de Conty, infanterie, où servait son père, et fit ses premières armes en Italie. Lieutenant au régiment de Touraine, infanterie, en 1746, il se trouva le 11 octobre de la même année à la bataille de Rocoux puis à celle de Lawfeld, ainsi qu'aux sièges de Berg- Op-Zoom et de Maëstricht. En 1750 il passa du régiment de Touraine aux écoles de mathématiques et de dessin établies à Paris et à Mézières, et en 1752, il suivit aux Indes-Orientales le savant abbé La Caille en qualité d'ingénieur dans la brigade destinée pour les colonies. De retour en Europe en 1756, il composa son premier ouvrage sur l'art militaire, ayant pour titre Stratagèmes de guerre. Il fut nommé cette même année aide-de-camp du comte de Revel et aide maréchal général des logis de l'armée auxiliaire de France, destinée pour la Bohême. Il commença en 1757 la guerre de sept ans dans l'armée de Westphalie, et se trouva à la bataille de Rosbach, où il fut chargé de la direction d'une division d'artillerie. Le comte de Revel ayant été tué, M. de la Rozière s'attacha au corps d'armée du duc de Broglie, et fit avec ce général et les maréchaux d'Estrées et de Soubise toute la guerre de sept ans. Il se trouva à la prise de Bremen, à la bataille de Sandershausen, où il fut blessé, et nommé capitaine de dragons ; à celle de Lutternberg, à Berghen, en 1759 ; à la bataille de Minden, au passage de l'Hom et au combat de Korbach en 1760 et à la prise de Cassel en 1761. Il fut nommé lieutenant-colonel de dragons au régiment du roi, et peu de temps après chevalier de l'ordre royal et militaire de St.-Louis, à l'occasion de la manière distinguée dont il s'était conduit à l'affaire du Frauenberg, où il commandait, et où il fut sur le point de faire prisonnier le prince Ferdinand de Brunswick. Au moment où M. de la Rozière allait l'arrêter, son cheval s'abattit, et il ne lui resta à la main que la housse du prince, qui ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval. Il se trouva aux batailles de Grienberg, de Willinghaus, au passage du Weser. Un de ses plus baux faits d'armes, c'est l'assaut donné à la cascade de Cassel en 1761, poste éminemment fort, qu'il enleva l'épée à là main et dont il fit la garnison prisonnière de guerre. Quelque temps après il fut lui-même fait prisonnier dans une reconnaissance, par les montagnards écossais dans la forêt de Sababord ; on le conduisit au quartier général du roi de Prusse qui lui dit : « Je désirerais vous renvoyer à l'armée française, mais lorsqu'on a pris un officier aussi distingué que vous on le garde le plus longtemps possible ; j'ai des raisons pour que vous ne soyez pas échangé dans les circonstances présentes ; ainsi vous resterez avec nous sur votre parole. »
    Cet éloge dans la bouche du grand Frédéric est ce qu'on peut dire de plus flatteur sur le compte particulier d'un officier de mérite. Il passa trois semaines au quartier-général du roi de Prusse, dont il reçut des marques de bontés et particulièrement du prince Ferdinand de Brunswick, qui se rappelant l'attaqué de Frauenberg, dit un jour en le montrant : « Voilà le français qui m'a fait le plus de peur de ma vie. » Après son échange le marquis de la Rozière rentra dans ses fonctions. La bataille de Wilhemsthall, le combat de Morschom, la retraite de la Hesse avec le maréchal d'Estrées ; celle de Dilbenstadt où il chargea vigoureusement l'avant-garde ennemie, sont ainsi que celle d'Amenebourg où il dirigea l'affaire après que le marquis de Castries et le vicomte de Sarsfield y furent blessés et jusqu'à l'arrivée du marquis de Ségur, autant d'époques mémorables qui rappellent son courage et son habileté.

    La paix de 1763 ayant terminé la guerre de sept ans le marquis de la Rozière fut employé dans le ministère secret du comte de Broglie qui faisait le plus grand cas de ses talents militaires et de ses qualités personnelles, comme on peut le voir par les lettres écrites au roi à ce sujet par cet homme célèbre. Il passa en Angleterre d'après les ordres de Louis XV pour reconnaître les côtes de ce royaume Il s'acquitta en 1765 et 1766 de cette mission importante avec autant d'intelligence que de courage et de fidélité. Cette commission était relative au grand projet dont le roi était alors occupé. Il est chargé de reconnaître toutes les côtes, et ports de France, et il présente pour le port de Rochefort et le pays d'Aunis un projet de défensive qui a été approuvé et exécuté. Il produit aussi pour le port de Brest un plan de défense que le roi approuve et qui est de suite mis à exécution. Ce beau travail fait aujourd'hui la sûreté de ce bel établissement maritime en donnant la preuve du génie militaire de celui qui l'a conçu. Les travaux proposés par le marquis de la Rozière pour la sûreté de St.-Malo du Clos-Poulet, de l'Orient et de toute la côte de Bretagne sont également approuvés et en partie exécutés. Ces nombreux travaux le placeront toujours en le jugeant sans partialité comme sans envie, au rang des premiers officiers d'état-major et de génie que nous connaissions. En 1768 le gouvernement le chargea de rédiger sur les dépêches des ministres et des généraux l'histoire des guerres de France sous les règnes de Louis XIII, Louis XIV et Louis XV. Les quatre premiers volumes in-4° de cet ouvrage, sont finis et sont parmi ses nombreux manuscrits, n'ayant pas encore été imprimés par suite de la révolution. Le marquis de la Rozière fut chargé par le roi en 1770 de rédiger un plan général de campagne contre l'Angleterre ; il fut nommé le 11 novembre de la même année brigadier de dragons des armées du roi, commandant à St.-Malo et quelque temps après maréchal général des logis de l'armée destinée à descendre en Angleterre.

    Le roi en considération de quatre cents ans de services militaires les plus importants rendus à l'Etat par cette famille, et surtout de ceux du marquis de la Rozière, fit ériger la terre de Wagnon en marquisat de la Rozière par lettres patentes de 1780. En 1781 le marquis de la Rozière fut nommé commandant du corps d'armée destiné à s'emparer des îles de Jersey et de Guernesey, et fut promu au grade de maréchal de camp. Il s'émigra au mois de mai 1791 avec son fils aîné, capitaine de dragons, et fut mis à la tête des bureaux de la guerre établis à Coblentz par les princes frères du roi. Il fit la campagne de 1792 en qualité de maréchal de camp et de maréchal général des logis de l'armée royale, et fut nommé ensuite commandeur de l'ordre royal et militaire de St-Louis. En 1794 il passa d'Allemagne en Angleterre sur l'ordre qui lui fut dressé de Petersburg par monseigneur le comte d'Artois. Le marquis de la Rozière a reçu de ce prince plusieurs lettres honorables qui prouvent la justice qu'il rendait aux talents militaires de ce général et la confiance qu'il avait en lui, ainsi que S. M. Louis XVIII. En 1795 il fut employé comme quartier-maitre général des émigrés et des troupes anglaises dans l'expédition des îles de Noirmoutier et Dieu. A son retour de cette expédition, le marquis de la Rozière fut sollicité par la Turquie pour entrer à son service avec de grands avantages ; mais il préféra d'entrer à celui de la Russie avec le grade de général-major : peu de temps après, par des arrangements particuliers, il passa en Portugal avec le grade de lieutenant-général et de quartier-maître général des armées portugaises, et il arriva à Lisbonne en 1797. En 1799 il fut envoyé à Londres où il était mandé par le gouvernement anglais ; mais en 1800 le prince régent de Portugal le rappela et lui donna en 1801 le commandement en chef de l'armée destinée à défendre le nord du Portugal. Les talents qu'il développa dans cette campagne lui méritèrent la bienveillance du souverain qui, à son retour de l'armée, le fit commandeur de l'ordre royal et militaire du Christ, et le nomma, en 1802, inspecteur-général des frontières et des côtes du royaume ; poste de confiance et l'un des plus honorables qu'un militaire distingué puisse obtenir. Le marquis de la Rozière est mort à Lisbonne, fidèle à l'honneur et à ses principes, le 7 avril 1808, emportant les regrets de tous ceux qui l'avaient connu et en terminant une carrière honorable remplie d'actions et de travaux glorieux.

    Les ouvrages de cet officier général qui sont imprimés et connus, sont 1. Les stratagèmes de guerre, Paris, 1756 ; 2. Campagne du maréchal de Créqui en Lorraine et en Alsace en 1677, Paris 1764 ; 3. Campagne de Louis, prince de Condé en Flandres en 1674, Paris 1765 ; 4. Campagne du maréchal de Villars et de Maximilien Emmanuel, électeur de Bavière en Allemagne en 1703 ; Paris 1766 ; 5. Campagnes du duc de Rohan dans la Walteline en 1635 ; précédé d'un discours sur la guerre des montagnes, avec cartes ; 6. Traité des armes en général, Paris 1764. Outre sa belle carte de la Hesse qu'il fit graver en 1761, on a encore de lui la carte des Pays-Bas catholiques et celle du combat de Senef. Il a laissé un grand nombre d'ouvrages inédits, et de manuscrits très-précieux parmi lesquels on distingue l'Histoire des guerres de France sous Louis XIII, Louis XIV et Louis XV dont on a déjà parlé. Sa Relation de la campagne des Prussiens en 1792, celle de 1801 en Portugal ; plus des Devoirs du maréchal des logis de l'armée et de l'officier d'état-major ; de l'Art d'asseoir les camps, de faire des reconnaissances, du choix des positions et de la marche des colonnes en campagne, etc. Ajoutez à cela des reconnaissances générales et très-étendues sur toutes les cotes et les frontières de France, et sur différentes parties de l'Angleterre, de l'Allemagne et de la Suisse, accompagnés de Plans et cartes ; plus un travail considérable sur le Portugal, dirigé par lui seul. Celui sur l'Angleterre sous le ministère secret du comte de Broglie dont nous avons parlé, et qui est immense, et vous aurez une idée de ses travaux militaires et politiques, dont une grande partie se trouve au dépôt général de la guerre à Paris. Il a aussi fourni beaucoup d'articles militaires à l'Encyclopédie et a travaillé à nombre d'ordonnances concernant le militaire. II serait trop long de relater ici tout ce qui a été fait par lui ; on dira seulement que toute sa vie fut consacrée au travail et à l'étude particulière de son métier, et qu'à des connaissances très étendues il joignait cette rare modestie qui est toujours la compagne du vrai savoir et le sceau des talents supérieurs. Le marquis de la Rozière avait épousé en 1769 mademoiselle de Granville dont il a eu plusieurs enfants ; l'aîné :

  5. Jean Carlet DE LA ROZIÈRE, chevalier, marquis de la Rozière, entra sous-lieutenant au régiment de dragons d'Orléans en 1784 ; il fut fait capitaine de dragons et aide maréchal général des logis de l'armée en 1788 ; émigra en 1791, fit la campagne de 1792 l'armée des princes frères du roi Louis XVI, obtint le brevet de colonel des chasseurs royaux des princes en 1792, et ayant toujours continué à servir, il passa comme colonel au service de Portugal en fut fait chevalier de l'ordre royal et militaire de St.-Louis la même année, et est aujourd'hui commandeur de l'ordre du Christ, et général de brigade au service de cette puissance.
Armes : « D'argent au chêne vert, chargé de deux épées de gueules posées en sautoir, en chef deux étoiles d'azur et à dextre et à sénestre deux fleurs de lys d'azur. »

Source : Nobiliaire Universel de France, Tome II, page 145
BnF/Gallica :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k36862s

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