27 août 2010

Les Bologne du Pays Langrois

Extrait d'un article de Jean Martin-Salhorgne dans les Cahiers Haut-Marnais
http://www.archive.org/details/lescahiershaut4042chauuoft
page 109


Le nom de Capizuchi indique assez l'origine italienne de cette famille. Nous allons voir comment elle passa en France et en quelles circonstances elle essaima dans la région Langroise.

La généalogie des Capizuchi remonte aux temps Carolingiens. On y trouve de hauts dignitaires ecclésiastiques, dont trois ont reçu la pourpre cardinalice : Robert, homme de grand mérite, dit-on, par le pape Urbain II en 1097, puis Jean-Robert, par Honoré II en 1126, enfin Raymond, en 1682 par Innocent XI Ce sont encore trois évêques de Digne : Étienne, qui donna l'absolution à Henri III mourant et lava Henri IV de l'hérésie huguenote, puis Antoine et Raphaël, ce dernier mort à Draguignan en 1657. Notons qu'un des archevêques-princes de Salzbourg s'appelait Géobaldus de Thun Capizuchi. On trouverait encore un maître du Sacré Palais et plusieurs généraux des troupes pontificales.

Au Moyen-âge le nom était bien connu à Rome et surtout à Bologne la Grande; il a été porté par une place et par une rue de la capitale italienne.

C'est par la branche bolonaise que les Capizuchi se fixèrent en France. L'un d'eux, Pierre, ayant eu une mauvaise querelle, dut porter ses pénates à Barcelonnette, au comté de Nice, dans les états du duc de Savoie, suivi de l'un de ses frères prénommé Jacques.

Ce Pierre épousa Catherine Allemand du Riage et en eut sept enfants : Antoinette, Claude, Jean, Étienne, Sébastien, Armand et Antoine. Par testament du 3 décembre (?) il nomma nobles ses six fils et institua l'aîné, Claude, son héritier universel.

Celui-ci épousa sa cousine, Élisabeth de Guiramand qui lui donna trois fils : Marc, Rodolphe et Eloy. Ceux-ci, en 1549 se partagèrent les biens de leur oncle Jean. Rodolphe, pour sa part, reçut la seigneurie du Plan. Devenu veuf, Claude se remaria à Simone Gastinel et il lui vint encore un fils qu'il prénomma Pierre.

Quand Claude mourut, ses biens échurent à Rodolphe, lequel épousa Delphine de Faucon au bourg d'Antrannes dans le comté de Nice. Décédé en 1587, il fut inhumé à Barcelonnette dans l'église des Dominicains.

Dix enfants lui étaient nés : Claude, Jean, Pierre, Louis, Antoine qui devint religieux minime, Jules, Étienne qui fut aumônier du roi, évêque de Digne et prieur de Ste Catherine du Val des Écoliers à Paris, Isabeau, Catherine, enfin Suzanne qui épousa Esprit de Bellon, seigneur de Ringières.

En 1595, Pierre, Louis, Jean, Antoine, Jules et Étienne, recevaient du roi des lettres de naturalité datées du 7 Décembre a Folembray. Ainsi cette génération devenait française, et il est permis de croire qu'elle s'approcha fort près de la Cour, n'en jugerait-on que par le rôle qu'y joua Étienne et par les distinctions qu'il reçut. Par ailleurs, héritier de son père Rodolphe, Jules de Capizuchi était nommé en 1596 Gouverneur de Nogent par lettres royales datées d'Amiens.

Ainsi passèrent les Capizuchi dans le pays Langrois. Il est faux que Jules ait été le premier à joindre à son nom celui de la ville de Bologne d'où venaient ses pères. Tous les Capizuchi, que nous sachions, et quelle qu'ait été leur résidence avaient fait de même. C'est plus probablement Pierre qui prit cette initiative au seizième siècle, après sa fuite, afin que l'on distinguât entre la dynastie de ses cousins romains et celle qu'il venait fonder hors de .son pays. Peu à peu, le nom de la ville finit par prévaloir, de telle sorte que les derniers Capizuchi se faisaient appeler tout uniment Bologne.

Un an après sa prise de charge Jules de Bologne épousa à Chaumont Antoinette de Magnien, fille de Jean, seigneur de Saussure, conseiller du roi, procureur au bailliage, et de Marguerite Thomassin. Le 8 octobre 1597 il y eut signature de contrat par devant les notaires Cornibert et Paintendre de la prévôté de Nogent, et ce fut Louis de Gornay, abbé du Val des Écoliers de Chaumont qui donna au couple la bénédiction nuptiale.

Gouverneur de Nogent, Jules de Bologne était encore écuyer, capitaine des chasses de Chaumont, sergent-major, capitaine au régiment de Champagne, conseiller et maître d'hôtel du roi, cette dernière charge reçue le 16 Mars 1619 à la démission de Constance de Listobri qui en était titulaire.

Jules de Bologne ne tarda pas à acheter la seigneurie de Bonnecourt à d'Anglure-Guyonvelle que les guerres civiles avaient à peu près ruiné. Mais en 1614, profitant des troubles qui marquèrent la minorité de Louis XIII, d'Anglure résolut de récupérer ce bien qu'il n'avait abandonné qu’à regret et chargea de ce soin Aurillot d'Essey, son parent. Bien que ce château de Bonnecourt n'eût à sa défense que quelques hommes d'armes, l'opération ne se fit pas sans difficultés, puisque les bélitres d'Aurillot mirent le feu aux communs et jetèrent aux flammes le fermier, sa femme et ses enfants.

Informé de l'attentat, M. de Pontis qui commandait la place de Nogent pour Jules de Bologne retenu à la Cour fit monter ses hommes à cheval en vue de châtier les rebelles. Ceux-ci délogèrent sans résistance tant l'attaque fut soudaine et vive.

Mais Aurillot ne se tint pas pour battu. Il rallia quelques autres mécontents pour faire la guerre à Pontis, qui, de son côté s’était assuré l'aide des Seigneurs fidèles à la Cour. Les hostilités trouvèrent leur épilogue à Pressigny où le lieutenant de M. de Bologne avait réussi à cerner le chef de bande. Celui-ci dut se rendre après une chaude bagarre et Pontis le conduisit sous bonne escorte à Langres, puis à Chaumont où il fut condamné à mort, enfin à Paris où il fut exécuté. M. de Pontis, dans ses Mémoires, a raconté cette affaire en tous détails.

Outre la Seigneurie de Bonnecourt, Jules de Bologne acquit celles de Poinson, de Sarrey, d'Andilly, de Poiseul, de Vesaignes et de Fresnoy.

En 1622, il passait à son fils Claude sa succession de Gouverneur de Nogent et de maître d'hôtel du roi. Ainsi prenait-il une sorte de retraite. Il semble bien s'être aussitôt éloigné d'une contrée où il ne résidait du reste que par intermittences. Le 30 Octobre 1637, il mourut au château de Saint-Ange en Gâtinais ; sa dépouille fut alors rapportée à Bonnecourt et inhumée dans le caveau de la chapelle seigneurie où reposait déjà le cœur de son père Rodolphe.

Outre son fils et successeur, il laissait une fille : Anne-Eugénie. Celle-ci, mariée dès l'âge de quatorze ans à François Le Charron de Saint-Ange, maître d'hôtel de la Reine, devint une Janséniste fervente quand elle eut perdu son mari. Entrée à Port-Royal, elle y fit profession deux ans plus tard et résista à toutes les objurgations faites on vue de la soustraire à l'hérésie. Quand elle mourut, en 1657, son corps fut cependant déposé en terre sainte mais sans aucune liturgie.

Claude, recevant toutes les charges et tous les biens de son père épousa en 1640 Jeanne de Saint-Belin, fille de Simon, Baron de Buxières et de Anne de Mailly (contrat du 6 Janvier 1640, signé Cornibert et Morand, notaires à la, prévôté de Nogent).

Quelques aventures équivoques nous montrent ce Claude tout semblable aux hobereaux turbulents, ses contemporains qui donnèrent â la loyauté tant de fil à retordre.

Après la Guerre de Trente Ans, les Comtois infestèrent longtemps la contrée Langroise, brûlant et pillant. Claude contribua d'abord à réprimer ce brigandage, s'exposant naturellement à des représailles qui ne se firent pas attendre : Le 25 Septembre 1640 les Comtois de Jonvelle incendiaient Bonnecourt. Le 16 octobre 1650, les Lorrains qui le détestaient pour des raisons analogues le surprenaient à Neuilly chez le curé Mahudel, le ramenaient à Bonnecourt et brûlaient quelques maisons sous ses yeux.

Que se passa-t-il ensuite ? Claude de Bologne, pour prix de sa sécurité se sera-t-il rallié aux ennemis du roi ? Ce qui porte à le supposer c'est que l'année suivante, alors qu'une belle occasion s'offrait à lui de châtier congrûment les Lorrains, il contribuait au contraire à faire échouer le siège d'Aigremont, leur repaire avancé. Trahison qui mit fort en colère Monseigneur de Langres Sébastien Zamet. Le prélat qui connaissait parfaitement Claude puisqu'il était le parrain d'un de ses fils ne se gêna pas pour flétrir, ex-cathedra, cette inconcevable attitude. Ajoutons que peu de temps après la milice Langroise forçait les murs de la forteresse et la démantelait.

Si malgré cela nous doutions que Claude de Bologne fût égal en turbulence aux petits hobereaux de son temps, l'examen de ses relations nous fixerait immédiatement. En Décembre 1654, arriva dans le Langrois le régiment de Turenne et des gendarmes de Mazarin, ceux-ci ayant à leur tête Pierre Mozart de Saint-Hilaire, guidon de gendarmerie. Bien qu'étant celle du roi, cette troupe se signala par des violences répétées qui entraînèrent la prévôté à brancher haut et court deux des coupables (3 Mai 1655). Sang pour sang ! Saint-Hilaire fit assassiner Jean de Sartigny, lieutenant du prévôt de Langres; après quoi il s'en vint coucher tranquillement le même soir au château de Bonnecourt chez son ami Claude de Bologne, dont un des fils, Pierre-Gaston, était le filleul du visiteur : On conviendra qu'en choisissant les parrains, de ses enfants parmi les évêques et les bélitres, le Seigneur de Bonnecourt ne manquait pas d'éclectisme dans ses relations.

Quand il mourut, le 26 mars 1682, son domaine s'était encore agrandi de la seigneurie de Thivet, achetée en 1658 et de celle de Provenchères reçue du chef de sa femme.

Photo du Château de Thivet transmise par François Houot, que je remercie, le 7/9/2013

Claude de Bologne avait eu huit enfants. Ce sont : Jules, qui fut prieur de Nogent, docteur en Sorbonne, abbé de St-Clément de Metz, chanoine archidiacre de Langres où il prononça en 1683 l'oraison funèbre de Marie-Thérèse d'Autriche.

René-Antoine, né le 23 Septembre 1643. Devenu docteur en théologie avec le titre d'abbé de St-André du Bust et archidiacre de la cathédrale, il n'en demeura pas moins à Bonnecourt, auprès de son frère Pierre-Gaston, à titre de Chapelain.
— Louis, qui fut chevalier de Malte.
— Marie, née en 1647. Elle épousa à Bonnecourt, le 6 Août 1668, Alexandre de Choiseul, chevalier, seigneur d'Ambonville et de Daillecourt, fils de Charles de Choiseul et de Marie de Billy. Décédée à Choiseul le 7 Avril 1725 à l'âge de 78 ans, elle fut inhumée le lendemain à Bonnecourt. Elle ne laissait pas de descendance.
— François.
— Anne-Gabrielle.
— Elizabeth, qui reçut le domaine d'Ecot à la mort de Basile Ignace de l'Hostel d'Ecot, son cousin (1732).
— Pierre-Gaston (1652), à qui échut l'héritage paternel. Il fut commandeur des Ordres Royaux du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem au Grand Prieuré de Languedoc, capitaine de chevau-légers du roi, commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis. C'est en raison de sa belle conduite pendant la campagne d'Alsace où il fut blessé et fait prisonnier que le roi érigea en marquisat les leurs de Bonnecourt, Thivet, Poinson et Andilly, par lettres patentes signées à Fontainebleau (1685).

C'est vers ce temps que Pierre-Gaston épousa Charlotte-Élisabeth de Broussel de la Neuville qui lui donna trois enfants.
Ce sont : Gabrielle, née le 30 Mars 1685. Elle se maria le 8 Mars 1707 à Jean-Philippe de Cardon de Vidampierre.
— Camille-Antoine, né le 25 Mai 1686.
— Jules-Armand, né le 29 Avril 1688. Il devint licencié en droit de l'Université de Paris et chanoine doyen de la cathédrale de Langres,

Quand, le 21 Juillet 1698 mourut Pierre-Gaston, Camille-Antoine lui succéda et prit le titre de marquis de Bonnecourt et de Bologne. En 1715, par son mariage avec Anne-Françoise de Cultz de Deuilly, il reçut la baronnie de Cemboing, et en 1735 il héritait de sa tante Elizabeth la splendide seigneurie d'Ecot. La même année, il vendit Provenchères.

Camille-Antoine était veuf depuis dix-huit ans quand il mourut le 5 Juillet 1745 laissant deux enfants : Charles-Camille, né le 18 Janvier 1717 et Anne-Antoinette de cinq ans plus jeune.

Charles-Camille devait être le troisième et dernier marquis de Bonnecourt. Non seulement les convulsions sociales qu'il était dans son destin de rencontrer supprimèrent ses titres et lui ôtèrent la vie mais encore il ne laissait pas d'enfant mâle. Mais deux lignées parallèles dont nous reparlerons sont issues de lui par ses filles : Charlotte-Monique et Marguerite-Françoise.

Jean Martin-Salhorgne

4 commentaires:

Anonyme a dit…

votre exposé est génial pour mon arbre qui est bassignot à 80% je suis nogentaise de naissance je connais donc tous les lieux nommés et de plus les descendants proches des habitants de Bonnecourt où quelques uns de mes ancêtres ont dû souffrir.

Anonyme a dit…

C'est en 1698 que décède Pierre-Gaston et non en 1608. Pierre-Gaston était aussi propriétaire de forêts sur les territoires de Grand et Trampot (88), sa femme les vendra en 1702

Gilles a dit…

Merci d'avoir remarqué cette faute de frappe, je l'ai corrigée. Merci aussi des compléments d'informations.

Anonyme a dit…

Bonjour nous sommes trois personnes de Bonnecourt, nous recherchons toutes personnes qui on des information sur ce chateau et son histoire merci de commenter et de vous faire s'avoir merci.