06 novembre 2009

Les Isoard de Chénerilles (suite)

Source : Annales des Basses-Alpes 1899-1900, p. 354
BnF/Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5685671b

LES ISOARD DE CHENERILLES

(Suite)

La seigneurie de Chénerilles.

Elle est aliénée du domaine des comtes de Provence, en 1348, en faveur des Gantelmi. — Elle est donnée ensuite, en 1411, à Jean de Génoardis. — Antoine Isoard l'acquiert de la fille de celui-ci, en 1427. — Elle passe, en 1609, aux Salvan, d'Avignon. — Notes sur cette maison. — Les derniers seigneurs de Chénerilles, à la fin du XVIIIe siècle. — Familles du nom d'Isoard. — Lettres de viguier de Digne pour Jean Isoard de Chénerilles.

ACHAT DU CHATEAU DE CHÉNERILLES
PAR NOBLE ANTOINE ISOARD,
SEIGNEUR DE CLÉMENSANE (1427).

Voici les clauses principales de cet acte d'acquisition, « de la place, terre et seigneurie de Chénerilles » :

L'an de Notre Seigneur mille quatre cent vingt-sept, cinquième indiction, jour de dimanche, du mois de mai, vers midi, régnant Sérénissime prince le Seigneur Louis, par la grâce de Dieu, roi de Jérusalem et de Sicile, duc de Pouille, duc d'Anjou, comte de Provence, de Forcalquier, de Piémont, du Maine, amen ;

Qu'il soit manifeste et connu pour tous et chacun présents et futurs que noble et prudent homme Clavellin de Génoardis, jurisconsulte, habitant de la ville d'Apt, fils naturel et légitime de feu noble et honorable homme Jean de Génoardis, chevalier, célèbre professeur de droit civil, maître rational de la haute cour royale, personnellement constitué, en présence et audition de noble homme Antoine Isoard, de Digne, seigneur de Clémensane, et du notaire et des témoins soussignés et pour ce spécialement invités, a dit et affirmé comme véritable que noble Guilhelmine de Génoardis, sa sœur, fille en même temps qu'héritière par moitié du susdit Jean de Génoardis et femme de noble et prudent homme le seigneur Raymond Testons, de Draguignan, jurisconsulte, habitant la ville d'Aix, est tenue de donner et de payer, pour la part de dettes qui lui revient dans les biens et la succession dudit seigneur Jean, son défunt père, savoir, à noble André de Pazzis, marchand de Florence, la moitié de cent ducats d'or que ledit avait libéralement prêtés audit seigneur Jean de son vivant ; idem, à vénérable et noble dame Isabelle, sa mère, la moitié de 400 ducats d'or reconnus dans sa dot par le seigneur Jean, son mari ; la moitié des aliments dus à ladite dame Ysabelle, à raison de 25 florins par an, à compter de la mort de son mari jusqu'au jour de la restitution de sadite dot, et autres dettes. Attendu que la dite Guilhelmine est dépourvue d'argent et n'a pas les moyens de payer ce qu'elle doit, avec l'autorisation du seigneur Textoris, son mari, elle a constitué son procureur son frère Clavellin, avec plein et absolu pouvoir de vendre son château et sa seigneurie de Chénerilles, dans ce bailliage de Digne, à elle échu dans la succession de son père, suivant le partage fait avec sa sœur Jeanne.

Ensuite de ladite procuration, ledit Clavellin livre à titre de vente pure et simple, librement, sans aucune réserve, audit noble Antoine Isoard, seigneur de Clémensane, présent, stipulant, achetant pour lui et ses héritiers et successeurs quels qu'il soient, le susdit château et seigneurie de Chénerilles, sous la réserve du droit de haut domaine et de directe seigneurie de notre seigneur le Roi ; et ce moyennant le prix de 400 florins royaux d'or seulement.

Pour garantir l'exécution de cette vente, Clavellin de Génoardis engage et hypothèque à Antoine Isoard tous les biens de sa sœur, notamment une maison qu'elle possède à Aix, rue de la Madeleine, provenant de la succession de son père.

L'acte est passé à Aix, ledit 8 mai 1427, dans la grande chambre de l'hôtellerie de l'Étoile, appartenant à Antoine Bernard, en chevalier, seigneur de Trans, Foulquet d'Agoult, seigneur de Forcalqueiret, Elzéar de Pontevès, seigneur de la Roque-d'Antheron, Aycard Bot, seigneur de Gaudissard, amis ou parents des contractants.

Ledit acte de vente, dont un vidimus, délivré le 16 mars 1559, par ordre du comte de Tende, grand sénéchal de Provence, existe aux archives de M. le marquis de Chénerilles, à Aix, est accompagné de la datio in solutum (donation en paiement), faite par la reine Yolande à messire Jean de Génoardis, chevalier, du « chasteau et seigneurie de Chénerilles », en paiement d'une somme de huit cents florins d'or, due par elle, « soit pour ses émoluments, soit pour les indemnités qui lui étaient dues dans plusieurs commissions diplomatiques qu'il avait remplies pour lui en Italie, au péril de ses jours ». L'acte est passé en présence de Guilhaume Sagneti, juge de Nîmes. Se trouve jointe la confirmation de cette cession par le prince Louis II, époux de la reine Yolande, donnée dans l'abbaye de Saint-Victor-les-Marseille, signée de Jean de Sade, docteur aux lois, conseiller du roi et seigneur du château des Pilles.

Il est raconté, dans cette donation de la reine Yolande, que, plus anciennement, en 1348, la reine Jeanne avait donné la seigneurie de Chénerilles, qui était pour la première fois aliénée de la couronne, à Béranger Gantelmi et à Jacques, son fils, illustres chevaliers et grands dignitaires de sa maison et seigneurs d'Albaron-les-Arles, et cela en récompense des services signalés rendus à sa personne; mais que cette donation n'avait été faite que viagère, et que la seigneurie avait dû faire retour au domaine comtal à la mort de Jacques, bien que autre Jacques, son fils, eût, contre tous les droits royaux, voulu conserver cette seigneurie et ait joui de ses revenus, et qu'on avait été obligé de la lui retirer par force.

La terre de Chénerilles, Chanalilhis, locus de Canabiis, portent aussi d'anciens textes (1), a ses confronts bien définis, dans la cession aux Gantelmi, comme située entre les terroirs de Puymichel, d'Espinouse, de l'Hospitalet, de la Bâtie-de-Villeneuve, des Mées et la rivière de la Bléone. Cette localité forme encore, de nos jours, une commune, mais réduite à quelques granges éparpillées dans le territoire, dominée par les ruines féodales du vieux château et l'ancienne église paroissiale. Il est bon de noter qu'en mai 1629 la peste détruisit la petite population de ce village, qui se désagrégea à ce moment. Peiresc parle de cet événement dans ses lettres aux frères Dupuy.

LES SALVAN, HÉRITIERS DE LA SEIGNEURIE
DE CHÉNERILLES.

Louis d'Isoard-Amalric de Chénerilles, seigneur de Chénerilles, d'Esclangon et de Lambert, avait, par un testament de 1606, avons-nous vu, assuré sa seigneurie de Chénerilles à son neveu germain Antoine de Salvan, trésorier de la Chambre Apostolique à Carpentras, fils de sa sœur. Sa succession, avec une apparence importante, se réduisit à peu de chose, tant par suite des reprises dotales qu'exerça sa veuve Lucrèce de Villeneuve, s'élevant à 7,200 écus, que des legs faits à ses autres neveux ou nièces et des dettes de l'hérédité. Déjà même, le seigneur d'Espinouse, en sécurité de la dot de sa sœur, épouse de Louis d'Isoard, avait pris hypothèque éventuelle sur la seigneurie de Chénerilles, que lui avait en partie abandonnée le titulaire, et en avait prêté hommage au roi, en 1596. Mais Antoine de Salvan, bien qu'il n'acceptât que sous bénéfice d'inventaire la succession de son oncle, prit de suite les noms que cette succession l'obligeait de porter, d'Isoard-Amalric, avec le titre de seigneur de Chénerilles. Nous le voyons, en 1610, présenter requête au lieutenant général des soumissions à Aix, pour empêcher son cousin légitimé, François-Jacques d'Isoard, de Sault, de prendre la qualification de seigneur de Chénerilles.


(1) Tirant son origine du mot latin canabium, chanvre canèbe en langue vulgaire.



Or, celui-ci non seulement se prévalait de cette qualité comme petit-fils de son aïeul Jacques, qui, disait-il, avait substitué ses droit seigneuriaux, mais encore, en 1612, voulant affirmer ses prétentions, il les céda, au prix de 18,000 livres, à Jacques de la Tour, seigneur de Saint-Sauveur (1), de qui il avait déjà reçu la moitié de cette somme. Il est vrai que, peu de temps après, le vendeur révoquait lui-même la vente, par crainte, peut-être, d'un procès dont le menaça M. de Salvan.

Mais Antoine de Salvan eut d'autres difficultés à résoudre avec ses frères et sœurs utérins, Louis de Fournier et les dames de Régis, de Digne, et de Savonne de Beauvezet, enfants du second mariage de sa mère avec le capitaine Elzéar de Fournier de Champvert, originaire de Valréas, ancien gouverneur de Baumes de Transit en Dauphiné, et qui, à l'occasion de son mariage, s'était fixé en Provence (2).

Louis de Fournier avait hérité de son oncle Louis d'Isoard de son office de viguier, et de celui de lieutenant de viguier, dont il était aussi titulaire, et il avait vendu ces charges au prix de 8,000 livres.

(1) Par acte du 12 novembre 1612, reçu par Pierre Guey, notaire au Buis les-Baronnies.

(2) Ce mariage avait été reçu par Balthazard Julien, notaire de Valréas, en 1582. Catherine d'Isoard avait eu aussi deux filles de son premier mariage, mariées, l'une à noble Pierre Guilhermi, de Pernes, l'autre à Cathelin Chaboti, qui succéda, comme trésorier du Venaissin. à son beau-frère Antoine de Salvan.


En 1607, lorsqu'il avait été question du mariage d'Antoine de Salvan avec Suzanne de Rousset de Fargues, d'Avignon, et en contemplation de cette alliance, Louis d'Isoard (écrivant Hugoleny, notaire d'Aix) avait promis sa seigneurie de Chénerilles à son neveu et lui avait fait donation de 1,000 écus d'or. Le mariage avait eu lieu ensuite le 24 février 1608 (1).

Le paiement des dettes de la succession de son oncle devenant difficile à solder, Antoine de Salvan présenta, en 1621, supplique au Parlement pour que le remboursement en fût ajourné et qu'il ait le temps de prendre des arrangements avec ses créanciers ; or, le chiffre des dettes dépassait 22,000 livres et se trouvait plus élevé que l'actif. La suite nous prouve qu'il sut conserver la seigneurie de Chénerilles.

Antoine de Salvan testa le 11 septembre 1629 (Michelet, notaire d'Avignon) et ne mourut que le 13 juillet 1642.

Il laissa, de son mariage :
  1. Jean-Baptiste, qui suit :
  2. Jean-François, qui, sous le nom de « M. de Chénerilles », fut tué à Casal, le 7 décembre 1630 ;
  3. Alphonse, appelé « M. de Saint-Florans », qui mourut sans alliance, en 1714 ;
  4. et 5. Deux filles religieuses.

Jean-Baptiste de Salvan, appelé aussi « M. de Chénerilles (2) », seigneur de Chénerilles, habitait Avignon et le bourg de Monteux. Il se maria, le 8 décembre 1647, à Lucrèce de Galiffet. Il fit son testament en 1673, laissant entre autres enfants :

(1) Reçu par Jérôme Moyroux, notaire d'Avignon. — Suzanne de Rousset était fille de Jean, seigneur de Fargues, un des plus importants et riches gentilshommes d'Avignon.

(2) Il possédait un domaine au terroir d'Entraygues (Vaucluse), qui porte encore le nom de Chénerilles et appartient à M. Seyssau.


Une fille, Élisabeth-Suzanne, mariée, en 1693, à M. de Sarpillon du Roure, d'Avignon ;

Un fils, Ignace, mort sans alliance, et Gaspard-Joseph-Dominique de Salvan, appelé communément encore « M. de Chénerilles », seigneur de Chénerilles, qui épousa, le 10 février 1701, Marie-Pierrette du Casal (1), fille de Fabrice et de Françoise d'Honoraty de Jonquerettes. Il mourut le 20 décembre 1753 et fut enterré à Monteux, dans sa chapelle, laissant, outre plusieurs filles religieuses, deux fils :

Joseph-Ignace, qui fut chanoine de la cathédrale de Cambrai, archidiacre de Brabant, et

Alphonse de Salvan, appelé « M. de Saint-Florent », qui épousa, le 24 novembre 1725 (écrivant Jaume, notaire de Saint-Saturnin-les-Avignon, et Gailly, notaire à Paris), Dlle Madeleine de Trochereau de Beauvois, dont un fils unique :

Alexandre de Salvan, seigneur de Chénerilles, appelé toujours « M. de Chénerilles », né à Monteux, le 12 février 1728, marié, le 10 mai 1775, à Éléonore de Bouchet de Faucon, d'Arles. M. de Chénerilles mourut, sans postérité, le 20 septembre suivant.

(1) Mme de Chénerilles n'avait qu'un frère, le chanoine Jean-François de Casai, qui fut le dernier mâle de sa famille et fit héritier son neveu Alphonse de Salvan, en 1755. La maison actuelle de Casal, sortie des Caromb, n'avait qu'une parenté de nom, ou tout au plus bien éloignée, avec celle-ci.


Son père, qui lui survivait, laissa, par son testament du 9 août 1776 (écrivant Seyssau, notaire à Monteux), la majeure partie de son bien aux pauvres, notamment à l'aumône d'Avignon (1).

Par ses dispositions, M. de Chénerilles faisait d'importants legs aux maisons hospitalières de Monteux et de Baumes de Venise ; il donnait sa belle maison de la rue de la Masse, à Avignon, à son parent, M. de Bertrand ; il laissait aussi des souvenirs marquants à chacun de ses domestiques et aux personnes attachées à son service dans ses diverses maisons d'Avignon, de Monteux et de Baumes. Enfin, il léguait à son notaire et ami, audit Monteux, M. Seyssau, les trois maisons meublées qu'il possédait dans ce pays, ainsi que sa maison de campagne, appelée le Clos, et son banc à l'église, avec ses droits de juspatronage sur diverses chapelles. Le descendant de M. Seyssau, notaire lui encore à Monteux, possède plusieurs immeubles et objets provenant de cette succession, notamment les portraits des Salvan et, parmi eux, celui de Catherine d'Isoard de Chénerilles, que nous donnons ici.

(1) C'est dans les archives de l'Hôtel-Dieu d'Avignon que nous avons puisé nos renseignements sur la famille de Salvan de Chénerilles, grâce aux indications de notre regretté ami, M. Chauvet, archiviste de Monteux, qui avait été appelé à classer les archives anciennes des maisons hospitalières d'Avignon.


A la mort du dernier Salvan, seigneur de Chénerilles, en 1776, les héritiers naturels non nommés dans le testament de leur cousin se prévalurent de leur parenté pour réclamer la possession de cette seigneurie, qui n'avait été attribuée à personne dans ses dispositions. Ces héritiers naturels étaient :
  1. Charlotte de Galéan de Gadagne, veuve de Jean-Baptiste-Achille de Grille, marquis d'Estoublon ;
  2. Joseph-Gaspard de Galéan, duc de Gadagne, ancien capitaine de vaisseau, chevalier de Saint-Louis ;
  3. Hyacinthe-François de Paule de Fabry de Châteaubrun et Joseph-Charles, son frère ;
  4. Honoré-Bernard-Ignace de Monery de Caylus, baron de Marchesan, capitaine de dragons ;
  5. Dame Marie-Anne de Gazan, veuve de Pierre-Ignace Rousset, procuratrice de Pierre-François-Victor-Ignace d'Honoraty de Jonquerettes, officier aux gardes françaises, son petit-fils.
Ces divers héritiers naturels du dernier Salvan, après avoir prêté hommage, en 1778, à la Cour des Comptes, pour leur seigneurie indivise de Chénerilles, vendirent, le 24 octobre 1784, leurs droits seigneuriaux, au prix de 3,150 livres, à M. Barnabé Menc, négociant des Mées, qui, le 5 avril suivant, prêtait aussi hommage pour cette seigneurie.

Mais déjà, de leur vivant, les MM. de Salvan de Chénerilles avaient aliéné certaines portions de leur seigneurie ; aussi, trouvons-nous, le 26 février 1778, François-Charles-Xavier de Coriolis prêter hommage pour une partie de la seigneurie de Chénerilles.

Antérieurement même, Pierre-Vincent Nouguier, seigneur de Malijay, receveur général des finances en Provence, avait aussi rendu hommage pour certains droits féodaux sur la seigneurie, le 27 mai 1774.

Plus anciennement encore, soit que les aliénations vinssent de Louis d'Isoard ou de ses héritiers, ou mieux des reprises exercées sur le fief par les héritiers de Lucrèce de Villeneuve, sa femme, on peut constater, aux registres de l'ancienne Chambre des Comptes, des hommages pour des portions du fief de Chénerilles, passés : en 1685, par Marguerite d'Arnaud ; la même année, par Jean Rochebrun ; en 1719, par Hélène de Trichaud, veuve d'Antoine d'Aymar; en 1723 et 1754, par Pierre de Coriolis ; en 1740, par Antoine Chauvet, pour ses droits de péage à Chénerilles, à Mezel et sur d'autres points.

En 1754, Alphonse de Salvan avait, lui aussi, prêté foi et hommage pour sa seigneurie.

NOTA. — Il existait près de Draguignan un petit fief du nom de Cananilles, qui, en 1745, appartenait aux Villeneuve. Or, Cananilles est la forme latine de Chénerilles.

Les armoiries des Isoard étaient parlantes : d'or à la face de gueules accompagnée de trois izards de sable, arrachés, armés et lampassés de gueules.

Le tombeau des Isoard, à Digne, était dans l'église du couvent des Cordeliers, dont ils étaient bienfaiteurs insignes.

Le nom d'Isoard fut, jusqu'au XVIIe siècle, donné comme nom de baptême en Provence, même en Piémont. Aussi est-il extrêmement répandu, de nos jours, dans ces provinces, comme nom de famille. Sans parler d'un certain nombre de maisons qui le portaient aux siècles passés, nobles ou marquantes, avec des prétentions plus ou moins fondées à se rattacher à la famille dont nous venons de donner l'histoire, nous constatons que deux seulement furent maintenues par les commissaires, en 1667 et 1668, qui sont relatées dans le nobiliaire de Robert de Briançon : les Isoard, seigneurs de Thorame, et les Isoard, seigneur de Fontienne.

Les premiers produisirent des titres qui semblaient les rattacher aux Isoard, seigneurs de Chénerilles. Mais, dans les multiples documents qu'il nous a été donné d'analyser, de compulser pour ceux-ci, nous n'avons jamais rencontré aucune indication qui soit à l'appui d'une origine commune.

Quant aux Isoard de Vauvenargues, très connus aujourd'hui, et qui ont eu l'honneur de donner un prince de Église, le procès qu'ils ont eu à soutenir, en 1867 et 1868, contre les MM. de Clapiers, en revendication du nom de Vauvenargues, a mis au jour des documents qui prouvent que leur origine est toute différente de celle des familles que nous venons de citer, et qu'il n'y a aucun lien commun d'origine avec elles.

NOMINATION DU VIGUIER DE DIGNE
PAR LE GOUVERNEUR DE PROVENCE, EN FAVEUR
DE JEAN ISOARD, DIT LE CAPITAINE DE CHÉNERILLES.

Claude de Tende, chevalier de l'ordre du roy, grand sénéchal, gouverneur et son lieutenant général en Provence, admiral des mers du levant, à tous ceux que ces présentes lettres verront, salut.

Ledit seigneur, par son édit du mois de décembre dernier passé, et pour les bonnes causes et considérations y contenues, ordonna que dorénavant tous les viguiers généralement de tous les pays de Provence seront triennaux, et sera à iceux par Sa Majesté pourvu, par commission et non en titre d'office, de personnages suffisants, et môme en sept sièges principaux de ces pays, de gentilshommes zélateurs du repos public, que feront ordinaire résidence sur les lieux durant le temps de leur charge et commission, avec le pouvoir et autorité, selon et ainsi qu'il est plus à plein contenu par ledit édit ; nous ayant Sa dite Majesté, par ses lettres closes du IIIIe février aussi dernier passé, écrit et mandé de commettre aux sièges de la sénéchaussée et par toutes les autres villes de ces pays, où elle n'aurait pourvu de viguiers, personnages de la qualité susdite. A quoi désirant satisfaire suivant ledit édit, nous avons avisé de, dès à présent, commettre et députer pour trois ans prochain, acommençant cejourd'hui, date de ces présentes, en ladite charge et office de viguier de la ville de Digne, auquel Sa Majesté n'y a point encore pourvu, quelque bon et suffisant personnage de ladite qualité, et en ce faisant révoquer celui qui y est de présent en l'exercice dudit office de viguier ; savoir faisons que, pour le bon et louable rapport que fait nous a été de la personne de notre cher et bien aimé Jehan Ysoard, écuyer, seigneur de Chénerilles, à plein confiant de ses sens, suffisance, loyauté, preudhomie, expérience et bonne diligence, icelui pour ces causes à nous mouvant, et sous le bon plaisir de Sa Majesté, avons commis et député, commettons et députons par ces présentes audit état et office de viguier audit Digne, pour, par lui, l'avoir, tenir, exercer durant ledit terme et espace de trois ans, aux honneurs, prérogatives, préhéminences, franchises, libertés, droits), profits et émoluments accoutumés et qui y appartiennent, et aux gages de cinquante livres tournois pour chaque an, ordonnés pour le dit office par ledit édit, gardant toutes fois poulle bien, profit et utilité des manants et habitants de ladite ville, les six statuts et privilèges d'icelle, et pour ce faire voulons par lui être au préalable passé obligation et donné bonne et suffisante caution en la Chambre des Compte de ladite Provence, avec promesse de ne départir dudit office sans avoir fait son syndicat par devant notre lieutenant au siège dudit Digne, ainsi qu'il est écrit par l'édit. Si donnons en mandement par ces mêmes présentes à notre lieutenant audit Digne que, dudit Ysoard de Chénerilles pris et reçu le serment en tel cas requis et accoutumé, il le mette et institue en possession de ladite charge et commission, et d'icelle ensemble des honneurs, autorités, prérogatives, prééminences, franchises, libertés, gages, droits, profits de susdit ; le fasse et laisse jouir et user pleinement et paisiblement durant le dit temps et termes de trois ans, et à lui obéir et entendre de tous ceux et ainsi qu'il appartiendra es choses touchant et concernant ledit office, nonobstant que celui qui est à présent en exercice dudit office de viguier n'ait encore parachevé le temps de sa commission, de laquelle nous l'avons révoqué et révoquons, lui interdisant de plus avant s'en entremettre, en mandant en outre au receveur ordinaire au siège dudit Digne de payer, bailler et délivrer audit Ysoard de Chénerilles lesdites cinquante livres de gages pour chacun an durant lesdits trois ans, aux termes et manière accoutumée, lesquelles en rapportant en ses présentes ou vidimus d'icelles, pour faire avec quittance sur ce suffisante, lui ferons allouer en la dépense de ses comptes déduits et rebattus de sa recepte pour tout où il appartiendra sans difficultés. En témoin de ce, nous avons signé ces présentes et à icelle fait mettre le scel de nos armes.

Donné à Aix, le septième jour de mars mil cinq cent soixante cinq.

Signé : CLAUDE DE TENDE.

Par Mgr le grand sénéchal et lieutenant général du Roy en Provence,

Signé: TOUSSEL.

(Sceau appliqué.)

Le 5 juin 1565, le dit sieur de Chénerilles a fait entériner lesdites lettres à la Chambre des Comptes par moi, audiencier en chancellerie :

BORILLY.

PAUL DE FAUCHER.

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