18 décembre 2011

L’ascendance niçoise de Joseph et Xavier de Maistre


Source : Mémoires et documents publiés par la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie (1929)
BnF/Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5751510g/f311.image


D'après un travail de M, Georges DOUBLET, correspondant à Nice de la Société

Des documents nouveaux

Notre confrère M. Georges Doublet, ancien membre de l'Ecole d'Athènes et correspondant de la Regix Deputazione d'Italie, est l'un des meilleurs historiens du comté de Nice, dont il aime à faire revivre l'existence de jadis dans de brillantes chroniques. Il a bien voulu nous confier le manuscrit d'une conférence, qu'il donna en avril 1928 à l'Académie Nissarda : l'ascendance niçoise de Joseph et Xavier de Maistre.

Ce texte, nous aurions voulu le reproduire: in extenso. Il est souvent plein d'un savoureux humour. Malheureusement les sociétés savantes n'ont plus, au prix où est la composition, "les ressources suffisantes pour publier les volumes compacts d'avant la guerre. Il faut se limiter. Aussi nous résignons-nous à vous exposer, avec la permission de l'auteur, l'essentiel de la masse de documents nouveaux que M. Doublet a su découvrir.

Le correspondant de notre société à Nice a passé de longues semaines, aux archives départementales des Alpes-Maritimes, où il fallait dépouiller les épais volumes de l'insinuation de Nice et, à cause de François-Xavier, ceux d'Aspremont où celui-ci est né. En outré, aux archives des trois paroisses que Nice comprenait avant la Révolution. Il est arrivé ainsi à dresser l'arbre généalogique des ascendants paternels de J. et X. de Maistre, y compris les plus importants des grands-oncles, oncles, cousins germains, et autres, des deux- célèbres écrivains. Que la tâche n'ait pas été facile, M. Doublet l'avoue. « Au fur et à mesure de mes perquisitions dans le passé niçois et jusqu'au moment où j'ai pu voir clair, il m'arrivait de tous les coins des Maistre innombrables. J'étais obligé de leur répéter ce que Michelet cria aux personnages de l'histoire de France, quand il les étudia : Doucement, messieurs les morts, et procédons par ordre, s'il vous plaît. »

Le nom de famille

Un premier détail. Le nom de famille est écrit de deux façons. Le plus fréquemment « Maistre ». Assez souvent « Maÿstre » avec un tréma. Les scribes usent des deux formés indifféremment ; parfois dans le même acte et à propos de la même personne. Sans doute on prononçait, ce qui ne surprendra pas, à l'italienne. Si vous en croyez les transcriptions insinuées des signatures, tel signa « Maistre », tel autre, « Maystre ». Certains ont même latinisé leur nom : « de Magistris ».

Origine de la famille

D’où venait la famille ? « Je suis originaire de Nice », a dit J. de Maistre dans une lettre à un favori du prétendant Louis XVIII, « et plus anciennement de Provence ». Son fils Rodolphe croyait à une origine languedocienne et, pour préciser, toulousaine. Les Maistre du Languedoc n'avaient pas le même blason que ceux de Nice.

Les premiers ancêtres de Nice

M. Martin, conservateur de la Bibliothèque communale de Grasse, a communiqué à M. Doublet, avec une obligeance dont il doit être remercié, deux actes qu'il a relevés dans les minutiers de Giraudy, notaire à Grasse, conservés en l'étude de Me Camatte, notaire en la cité des parfumeries et fabriques de fruits confits. Par l'un (1535, 7 janvier), Antoine « Maystre, muletier de Nice (mulio de Nissia), ayant acheté à Lyon des cuirs poilus (coria pilosa fro mascles), fait expertiser à Grasse, par 2 cordonniers (sabaterii expersi in arie coreoris), l'envoi qu'il avait reçu. Par l'autre (1564 de la Nativité, 26 novembre), qui est en français, « Loys Maystre, filz de Nycolas, de Nisse au pays de Terre Neufve », charge un « cardaire » grassois de recevoir une certaine somme d'un « mulatier d'Aix ». Ce Louis a pu être, lui aussi, un muletier.

Le quadrisaïeul

Jean « Maistre, citoyen de Nice », comme un acte le qualifie, est fils d'un Pierre mort avant 1612„ La date de la naissance de Jean, les prénom et nom de sa femme, la date de leur mariage ne se retrouvent pas. Il est illettré, ainsi que son frère, qui fut un simple ouvrier. Jean est un muletier. Il achète en 1609, près du rempart nord de Nice, une maisonnette blanchie à la chaux et en fait un de ces modestes moulins à eau dont la meule fonctionnait quand le Paillon était assez fort pour le permettre. Les vendeurs, 2 corroyeurs niçois, l'avaient cédée moyennant 131 écus (de 7 flor. et 8 gr. l'un), permettant de régler en 12 acomptes. Dès 1615, l'achat est réglé. Jean achète encore 4 terres, dont 2 plantées de vignes. Il meurt à la fin de 1630, laissant 5 fils qui devaient selon ses dernières volontés se partager en fractions égales l'héritage qu'un expert évalua à 12.650 flor.

Le trisaïeul

Michel, né à Nice, est le 3e fils de Jean. Il est marchand et a une boutique d'étoffes, semble-t-il. Il se marie en 1617 avec une Niçoise, Bertine Castello, fille d'un teinturier de draperies. Il sait lire et écrire ; elle, non. Elle reçoit de son père une dot de 400 flor., dont la moitié est versée ; un autre quart doit venir un an après et le solde, 12 mois après. Et un trousseau modeste, où l'on ne remarque guère qu'une ceinture d'argent étiré, un camas de perles, un reslo de coraux destinés à être portés au cou. Mais en 1625 le beau-père n'a pu solder et doit, sur l'injonction du gendre, céder 2 parcelles de terre sises à Riquier. Michel reçoit sur l'héritage paternel une vigne située à Bellet et paie pour cela une soulte. Il rencontre, dans sa vie commerciale, de nombreuses difficultés pour faire rentrer l'argent que, certains débiteurs ne versaient pas à ce «notable marchand», comme un acte le qualifie. Il semble avoir fait aussi des prêts d'argent. Du moins le comte François Valperga, habitant Turin, lui emprunte 307 ducatons. Il meurt avant 1651, novembre, ayant eu 12 enfants, baptisés en la cathédrale.

Le bisaïeul

François, né à Nice en 1630 (son parrain fut le contrôleur François Camous), est qualifié, lui aussi, à 21 ans, de « notable marchand ». Il continue avec sa mère le commerce du défunt. En 1656, il se marie à Sainte-Réparate avec « la notable et honnête » Marguerite Dalmassi, fille du « notable marchand » Jean et d'une Abbaino. C'est une illettrée. Le père, un riche commerçant en nouveautés, constitue une dot de 900 écus d'or d'Italie, en verse les 2/3 « en louis d'or de France qui sont des doubles de 2 écus l'une » et promet de solder en 4 annuités. En mai 1662, il teste, lègue à la femme de François 12 écus d'or et meurt le surlendemain. Comme il laissait des mineurs, inventaire. On y voit qu'il vendait à crédit, même en Provence, du moins jusqu'à Antibes. Parmi ses clients, l'évêque de Nice, le curé de la cathédrale, un jésuite, 2 colonels, 2 capitaines, le trésorier, un procureur, la femme du 2e président du sénat, plusieurs nobles (la comtesse Gallean lui devait. 1.200 liv., le seigneur de Levens, 1.404), divers juifs. Les affaires de François Maistre prospèrent. Sans parler longuement de ses relations commerciales avec le coseigneur de Falicon, Charles-Laurent Tondut, veuf d'une petite-nièce de saint François de Sales, et avec le comte de Sales et baron de Thorens, il achète 3 terres sises à Riquier et, détail intéressant au sujet d'une lettre de J. de Maistre, 2 terres situées au quartier rural du Temple. Il est un des administrateurs du mont-de-piété de la confrérie de la Miséricorde. Il meurt en 1674, janvier, à 44 ans, avant sa mère et sa femme, sans avoir testé, sur la paroisse cathédrale. Inhumation à la cathédrale. Il laissait 7 enfants et Marguerite était sur le point d'en avoir un 8e.

En 1675, mai, la tutelle, dont l'aïeule Bertine a dû se charger (personne n'avait accepté la mission), s'ouvre par un inventaire. Il nous apprend que le magasin de François était rue des Marchands. « Entrez dans la boutique », écrit M. Doublet. « Une image de la Sainte Vierge y préside aux opérations commerciales. Voici la balance du défunt. Sur le sol, des tapis. Ecoutez les experts évaluer et nommer les marchandises : il y en a pour près de 13.000 liv. Probablement quelque 200.000 fr. papier de nos jours. La liste en est longue et écrite dans un italien auquel se mêlent souvent, vu la quantité d'étoffes françaises, des mots français que le notaire estropie parfois. En général les objets sont désignés par le lieu de leur fabrication ou leur genre approximatif, ou leurs teintes. Exceptionnellement par des expressions qui étaient à la mode. L'Angleterre est représentée par des serges. La Hollande, par des draperies et des toiles. L'Allemagne, par des cambrésines ; contrefaçons, par conséquent, de ces tissus de lin, du genre des toiles ou batistes à trame serrée, qui furent fabriquées originairement à Cambrai et servaient surtout à garnir intérieurement les lits. Les Etats de l'Eglise sont représentés par des bouracans de Rome et des crêpes de Bologne. Le duché de Savoie, par des toiles piémontaises de Demonte et Vernante. Montbéliard, alors wurtembergeois, par des toiles. Mais c'est la France qui approvisionna le mieux, le magasin du bisaïeul de J. et X. de Maistre. Voici des burats de Nîmes (gris, bruns, noisettes) et d'Auvergne ; des draperies de La Salvetat (grises), de Lyon (sombres) et de Saint-Pons-de-Thomières ; des droguets de Rouen ; des étamines de Paris, Lyon, Reims ; des ormesins noirs de Lyon ; des serges de Châlons (grises ou noires) ; des quinettes de. Flandre (noires) ; des sommières (sombres, grisés, blanches), ainsi nommées parce qu'on les fabriquait à Sommières en Languedoc ; des galons (incarnats) de Lyon ; des serges qui imitent celles de Châlons ; des cordeillats de Lyon, que le brave notaire qualifie d'extraordinaires ; etc.. L'enclave pontificale en France est représentée par des taffetas d'Avignon.

Voulez-vous monter dans l'appartement de François. Comme le défunt était chargé de famille, voici 7 couchettes dont 2 ne sont que de modestes lits de camp ; 12 fauteuils et 8 chaises « en vache de Russie » ; 6 tabourets que recouvre un cadis vert de Nîmes ; 7 chaises dont 3 de bois, 2 de paille et les autres de cordes ; 2 tapis « de Rhodes », carrés, d'un mètre et demi, comme nous dirions, de côté. Sur le buffet, des étains. Aux murs, une vingtaine de tableaux dont quelques-uns ne sont que des travaux de paille et d'autres, des broderies. Parmi les toiles, des paysages et des sujets religieux, tels que des épisodes de l'histoire sainte, une image du Christ et ce que le notaire nomme une Très Sainte Conception. En outre, 2 arquebuses « à fusils pour la chasse » ; 2 pistolets d'arçons ; un mousquet avec sa bandoulière en velours vert ; une hallebarde ; une épée dont la garde est- modestement de fer. Joignez-y 2 grands miroirs ; un vestiaire quelconque ; une bibliothèque de 28 livres dont le notaire ne donne pas les titres. Suit l'inventaire de l'argent liquide, des créances (il y en a pour 9.453 liv.), des biens fonciers, des livres de commerce et de 600 rubs d'huiles de Nice.

A la suite des mariages du second fils, André (en 1693 avec Angèle Berengaro), et de l'aîné, Jean (en 1696 avec Marie-Pellegrine Blanchi), il est procédé en 1698, avril, au partage de l'hoirie, jusque-là indivise de François. L'acte est, au registre de l'insinuation, peu lisible tant à cause des épouvantables pattes de mouche, dit notre confrère, auxquelles le Scribe recourut par économie qu'en raison de ce que son encre de mauvaise qualité a effroyablement jauni. Voici ce qu'on y distingue. « Trois de mes fils », expose la mère, « sont entrés en religion. Jean et André m'ont aidée, aussitôt qu'ils le purent, à faire marcher le magasin. Ils vivaient avec moi et nous mangions à la même table. Mais depuis 1695 André a fait bande à part et laissé entre les mains de moi et de 2 de ses frères la tranche, à laquelle il avait droit, de l'héritage paternel « Dans l'acte de partage, Jean et André abandonnent à leur mère Marguerite (la vieille Bertine est morte à la fin de 1675) les revenus «des biens de la propriété du Temple où il y a une maison de campagne, un pressoir à raisins et une cuve à vins ». Dès lors c'est le plus jeune des fils de François, Jean-Baptiste, qui assiste sa mère dans les actes notariés. Il avait songé à entrer dans l'Eglise, mais s'est fait avocat. En 1735, à un testament qu'il avait fait à Turin, il joint, à Nice, un codicille. Nouvelle mention des armes des Maistre. Il le scelle avec un cachet représentant, dit le notaire, « 3 étoiles ou 3 de ces fleurs dont chacune est nommée en niçois un gauc ». A savoir, un souci.

Revenons à Marguerite. Elle teste en 1717. « Je serai enterrée à Sainte-Réparate, dans le caveau de la confrérie de la Miséricorde dont mon mari faisait partie. Je lègue un écu d'or à celle de mes filles qui fut mariée à Germano, comte de Villefranche depuis 1700 ; à chacun de mes fils qui sont dans le commerce, Jean et André, 250 doubles, etc.. Mon héritier sera l'avocat Jean-Baptiste. Il ne devra pas aliéner ma vigne du Temple. S'il n'à pas de descendants, il la transmettra à Jean ou à André ou à tel de leurs fils qu'il choisira. » Elle scelle ses dernières volontés avec un cachet où nous rencontrons pour là première fois une mention des armoiries des Maistre. Mais, ne Sachant pas que ce sont 3 soucis d'or sur champ d'azur, elle dit au notaire que ce sont 3 roses. Quelques jours après, elle meurt, le 21 juin. Le 7 juillet, Jean-Baptiste, qualifié non pas d'avocat, mais de clerc (abbale), demande au juge de Nice que le testament de Marguerite soit ouvert.

L'aïeul

André devient 2e, syndic de Nice en 1708-9, durant l'occupation française. Comme son père et le père de celui-ci, il doit se débattre avec de nombreux débiteurs qui ne le payaient pas. C'est ainsi qu'il met au pied du mur un puissant personnage de 1703, S. Exc. le président du Conseil d'Etat, Jean Peyrani, comte de Tourrettes, et sa femme Cassandre-Cornélie, qui avaient acheté pour 1.193 liv. d'étoffes, promis de régler, puis augmenté leur dette de presque le double. La femme d'André avait reçu une dot de 300 doubles d'or, une maison sise à Nice et voisine du collège des Jésuites, ainsi que, à Villefranche, une pièce d'une maison, un four et une cuisine. André meurt avant 1725, août, sans qu'on puisse autrement préciser la date ni le lieu. Il avait eu 12 enfants, dont 9 baptisés à la cathédrale. M Doublet n'a pu retrouver l'inventaire de ce qu'il laissait. Le tuteur, Honoré Pauliano, vendit l'argenterie et une partie des bijoux pour éteindre une dette de 500 écus de 3 fr. Quand il rendit ses comptes de tutelle, l'actif (un peu plus de 2.000 liv.) avait été produit surtout par l'aliénation à l'orfèvre niçois André Avenas de 4 chaînes d'or (placées au mont-de-piété par André pour une avance de 153 liv.) et d'une bague garnie d'un diamant. Pauliano paya 40 liv. pour l'enterrement (à savoir 36 pour la cire et 4 pour la messe chantée). Il semble qu'André ait subi ce qu'on peut appeler une crise momentanée de trésorerie.

Le père

Parmi les enfants d'André, celui qui nous intéresse le plus est François-Xavier. Si beaucoup d'actes portent qu'il était natif de Nice, la vérité est qu'il le fut d'Aspremont, village situé à une certaine, distance de la ville. Rien n'indique pourquoi Angèle y fit ses couches en 1705, le 20 novembre (non pas, quoi qu'on en ait dit faute d'avoir vérifié au registre de ce village, en 1706 ou le 20 mai). Parmi ses frères, l'aîné et le cadet se firent augustins ; un autre (Jean-Baptiste), prêtre. François-Xavier, renonçant au métier de commerçant, fait son droit. Le fonds de commerce est vendu. L'une de ses soeurs, Marguerite, épouse en 1729 Jean-Baptiste Pauliano, cousin au troisième degré d'Honoré, dont il a été question.. François-Xavier, avocat à Nice en 1729, aspire à la magistrature. Il devient en 1730 substitut dé l'avocat des pauvres, en 1738 substitut de l’avocat fiscal général. Il quitte Nice en 1740 pour siéger comme sénateur au sénat de Chambéry. Promu avocat fiscal général en 1749, il se marie en 1750, avril, avec Christine Demotz. En 1757, son frère le prêtre Jean-Baptiste et leurs 2 soeurs qui ne s'étaient pas mariées, domiciliés à Nice, testent simultanément en faveur de François-Xavier. En 1762, Jean-Baptiste, que le magistrat avait choisi pour procureur, cesse de vivre. En 1763, François-Xavier élit comme mandataire son neveu Alexandre Pauliani, un avocat de 30 ans. On sait qu'il devint président en second du sénat de Savoie en 1764, qu'il fut fait comte en 1778 (sans qu'aucun fief fût attaché à ce titre) et conservateur des apanages de 3 des fils du roi en 1785. Il mourut en 1789. Inutile de rappeler ici quand naquirent dans notre ville Joseph et Xavier.

Un cousin germain de François-Xavier

Revenons à Jean ; frère ainé d'André, négociant en nouveautés, il a dû, avant de mourir en 1732, vendre sa maison de commerce. Il avait eu au moins 10 enfants. L'aîné, venu au monde en 1698, Jean-François, est d'abord avocat à Nice. En quoi consista certaine crise-de sa jeunesse, on ne peut le dire avec précision. Le journal, qui a été publié dans le Nice historique, d'un Niçois anonyme relate qu'il était assesseur de la ville et avocat en 1722 (son père était deuxième consul), lorsqu'il fut arrêté chez lui, enfermé au palais royal, puis au fort de Villefranche, tenu au secret jusqu'au 2 août, autorisé alors à ne voir que ses proches parents, relâché le 6 octobre, mais mis en demeure, en février 1723, de se démettre dé sa charge municipale d'assesseur. D'autre part, l'historien de la noblesse niçoise, M. le colonel d'état-major italien Jules de Orestis di Castelnuovo, assure que Jean-François avait plaidé contre l'Etat je né sais quelle affaire avec une telle indépendance que les sénateurs de Nice le mirent en prison, mais que le roi Victor-Amédée II, instruit de l'incident, reconnut son intelligence et sa probité et le nomma, en 1730, août, procureur général à la Chambre des Comptes de Turin.

Il n'avait que 32 ans. Il ne reparut plus à Nice. En 1745, il est fait comte de Castelgrana, un lieu dit situé dans le Montferrat. En 1756, il est promu à la présidence de cette Chambre. En 1758 il achète à la Couronne, moyennant 5.225 liv., le fief, avec titre comtal, de Carras, un quartier de la banlieue ouest de Nice. Il meurt à Turin en 1760, sur la paroisse Saint-Dalmas, ayant épousé, ainsi que MM. le commandeur Luzio et le chevalier Zucchi l'ont indiqué à M. Doublet, en 1742 une Peiron et en 1748 une De Giovanni, veuve du comte Scipion Bazani. La place nous manque pour parler de sa descendance qui se fixa dans le Montferrat.

Nous pourrions, grâce à la conférence de notre confrère de Nice, donner des détails fort intéressants et sur les Pauliani, autres cousins des Maistre, et sur un mariage que Joseph de Maistre faillit contracter à Nice peu après sa nomination de substitut de l'avocat général au sénat de Savoie. Nous nous réservons de parler de cela, d'après les notes que M. Georges Doublet nous a communiquées, quand nous étudierons les correspondants de Joseph-de Maistre. II suffit d'avoir montré par ces renseignements venus de Nice que le grand écrivain avait raison d'écrire, au comte d'Avaray : « Je suis originaire de Nice. » S'il est né à Chambéry d'un père natif, non pas de Nice même, mais du village niçois d'Aspremont, ses aïeul, bisaïeul et trisaïeul vinrent au monde à Nice, et vraisemblablement son quadrisaïeul, qualifié de citoyen de Nice.

F. VERMALE.

2 commentaires:

Géraldine a dit…

Ce document provient de l'étude généalogique présentée en 1928 par monsieur Georges Doublet sur les origines niçoises de Joseph et Xavier de Maistre.Il s'agit d'un travail d'investigation réalisé par un archiviste départemental des Alpes Maritimes, historien très qualifié de l'ancien comté de Nice.
Il est officiellement homologué par la famille de Maistre savoisienne qui n'a jamais contesté son authenticité.

Les légendes sur les origines languedociennes , colportées depuis le XIXème siècle se sont répandues jusqu'à l'année 2011 où est paru un ouvrage de généalogie intitulé "Esquisse sur les Maistre".Il serait grand temps qu'un démenti officiel interrompe enfin cette interminable discussion !

Je remercie monsieur Gilles Dubois de nous avoir donné accès à cette étude.

Eloi a dit…

Merci de votre intervention, Géraldine: Pour la plupart des observateurs, les choses sont enfin claires !

La question qui se pose est de savoir pourquoi une hypothétique filiation des capitouls de Toulouse a été recherchée avec tant d'acharnement par Joseph de Maistre. Elle fut ensuite poursuivie par son fils Rodolphe et prolongée enfin par quelques leaders d'opinion des deux familles qui ont insisté sur leurs certitudes pourtant infondées.

Les motivations sont faciles à expliquer: A une époque de "crépuscule monarchique", il était mal venu d'avouer une extraction populaire.

Les généalogistes du XIXéme siècle se sont complaisamment rendu complices de rattachements artificiels à des familles nobles, en dissimulant soigneusement dans les placards de l'oubli les actes prouvant des ancêtres roturiers.

Le procédé le plus simple consistait à marier rétroactivement un célibataire de famille noble (si possible de noblesse chevaleresque), à une jeune fille imaginaire et à organiser une filiation jusqu'à des ancêtres récents, en éliminant toute trace de personnages importuns!

Aujourd'hui, au contraire, les généalogiste recherchent les véritables ascendants roturiers, quelque soit la modestie de leur origine: c'est devenu à la mode pour faire valoir le mérite de ceux qui se sont distingués.

Le caractère rétrograde de certaines études contemporaines ne nous parait plus ainsi de nature à être démontré.

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