31 décembre 2007

La famille Roselly

Annuaire de la noblesse de France 1869 page 192
Gallica/BnF : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k36597m/f204.item

Armes : d'azur à un coeur percé d'une flèche d'or, au chef d'argent chargé de trois roses de gueules.

Dessin de Sébastien Avy publié avec l'aimable autorisation de HeraldiqueGenWeb.
La notice publiée sur la famille Roselly de Lorgues dans l'Annuaire de 1863 ne s'était occupée que de la branche française à partir de Cesare Roselli, venu de Naples en Provence, et père d'Antonio Roselli qui s'établit à Seillans. Voici, pour la compléter, quelques détails sur la souche italienne.

Originaires d'Arezzo, ville de Toscane autrefois importante, les Roselli se sont répandus dans les différents Etats de la Péninsule. Ils étaient déjà anciens lorsque le chevalier Jean Roselli accompagna le pape Clément V dans sa nouvelle résidence d'Avignon. Leurs armes : d'argent, à trois roses de gueules, se voient encore peintes ou sculptées sur plusieurs monuments publics.

Le premier Roselli dont le nom soit devenu historique était un disciple distingué du célèbre Accurse, qui restaura la science du droit en Italie. Il fut appelé à Florence par le conseil de la république pour enseigner le droit public, et plus tard il devint un des principaux fondateurs de l'université de Padoue. Il a été le chef d'une lignée de jurisconsultes éminents qui pendant deux siècles ont honoré la science, vocation héréditaire que leurs contemporains eux-mêmes ont signalée. Le tableau généalogique de ces gentilshommes, docteurs in utroque, a été dressé et publié par un des plus grands érudits italiens du XVIe siècle, Guido Pancirolo, dans son Histoire des jurisconsultes célèbres, écrite en 1560 et imprimée à Venise en 1638. L'abbé Lucius Paulus Roselli forme la septième génération de ces rejetons illustres parmi lesquels on compte un chevalier d'honneur du souverain Pontife, un gouverneur de Pise, un gonfalonier d'Arezzo, deux légats du Saint-Siège, deux comtes professeurs de droit canonique, un commandant des gardes palatines et un ecclésiastique jurisconsulte, qui fut aussi poète et auteur de plusieurs ouvrages d'érudition, entre autres d'un livre intitulé les Fleurs des lois.

On peut citer encore le dominicain Cosme de Rosellis, qui composa, en 1590, un livre sur la mnémonique : Thesaurus artificiosoe memorioe, Roselli de Rosellis, auteur d'un traité diplomatique : Du sauf-conduit, et l'antiquaire florentin Etienne de Rosellis, qui a écrit une chronique de 1643 à 1663.

Mais dans cette série d'hommes distingués, l'individualité la plus remarquable est sans contredit Antonio Roselli, que les juristes ont surnommé le Monarque des deux droits, et à qui d'une voix générale on décerna dès sa jeune se le titre de Monarque de la sagesse.

Né à Arezzo et héritier du goût des siens pour l'étude des lois, il publia, étant encore adolescent, sous le simple titre : De la légitimation, un ouvrage qui eut beaucoup de retentissement. Les docteurs, jeunes et vieux, s'émerveillèrent d'un pareil savoir et d'une telle maturité de raison. Ce jeune prodige fut successivement appelé à Bologne et à Sienne, où l'on accourait de loin pour l'entendre. Sou opinion faisait autorité en jurisprudence.

Le pape Martin V, qui avait eu à son service d'autres membres de la famille Roselli, manda près de lui le Monarque de la sagesse pour lui confier des négociations difficiles. Il l'envoya comme légat à l'empereur Sigismond, qui non-seulement accorda à Roselli ce qu'il était chargé de lui demander au nom du Saint-Père, mais aussi lui conféra, comme gage, de sa haute estime, le titre de comte de l'empire romain, et l'investit en outre du pouvoir exorbitant de créer à son gré des chevaliers et des notaires, d'émanciper des mineurs et de légitimer des enfants naturels sans le concours d'aucun autre pouvoir que sa propre volonté.

Le Pape Eugène IV recourut aussi aux talents du Monarque de la sagesse, et l'envoya successivement, en qualité de légat, au roi de Pologne, à l'empereur Albert et à Charles VII, roi de France, qui, charmé à son tour de son mérite, le créa chevalier, en déléguant le duc de Lorraine pour lui ceindre l'épée et lui chausser l'éperon.

Le Pape promit à Antonio Roselli, en l'envoyant comme son représentant au concile de Bâle et comme récompense de ses éminents services, de le nommer cardinal à son retour. Sa mission terminée, on lui répondit qu'on ne pouvait lui donner, le chapeau, parce qu'il s'était marié deux fois (c'était là un empêchement absolu, et l'Eglise considérait comme bigame le veuf qui convolait à de secondes noces). A cette occasion, s'élevèrent de grands dissentiments suivis de son entière disgrâce. Antonio Roselli se démit de ses dignités, et se retira dans la résidence que lui offrit à Padoue la république vénitienne. Il habita cette ville pendant vingt-huit ans, et voulut y être inhumé dans la basilique de Saint-Antoine, son patron. Ses obsèques furent célébrées, le 16 décembre 1466, avec une grande magnificence. Ou lui érigea un superbe tombeau qui existe encore, et qui porte cette inscription laconique:

MONARCHA SAPIENTI E ANTONIUS DE ROYCELLIS.

On s'arrête pensif devant cette épitaphe aussi brève que glorieuse. Le monument, en marbre de Carrare, est un chef-d'oeuvre de sculpture et l'une des principales curiosités de Padoue.

La branche italienne des Roselli paraît maintenant éteinte en Italie, et de la branche française il ne reste plus qu'un seul rejeton, le comte Roselly de Lorgues, issu en ligne directe du comte palatin Cesare Roselli, réfugié en Provence après 1442, dont le fils Antonio, neveu et filleul du Monarque de la sagesse, fut notaire de la couronne et s'établit à Seillans. (Voyez l'Annuaire de 1863, p. 175.) La première fois que ce dernier représentant des Roselli de Provence, qui ont conservé en chef dans leur blason les armes paternelles des Roselli d'Arezzo, alla visiter le pays de ses ancêtres, on lui donna partout leur titre, dans le monde et dans les cours des divers souverains de la Péninsule. Cette possession a été régularisée, le 24 avril 1863, par le pape Pie IX, qui a rétabli en faveur de l'écrivain catholique, sous forme de collation directe, l'ancien titre de sa famille, et par une bienveillance toute particulière, le souverain Pontife, dérogeant aux usages de la chancellerie, a voulu que ces lettres patentes fussent gracieusement délivrées, affranchies de tous droits de sceau.

Ultérieurement Sa Sainteté, ajoutant une faveur nouvelle aux honneurs déjà accordés au comte Roselly de Lorgues, l'a élevé à la dignité de commandeur de son ordre de Pie IX, par bref du 3 juillet 1866, et il a daigné, dans les considérants, rappeler l'ancienne fidélité de ses ancêtres et leur dévouement au Saint-Siège.

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