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04 avril 2011

Le duel d'Antoine de la Font de Savines et Alexandre de Comboursier

Le récit, par Joseph Roman, du duel qui opposa au Thor, le 8 septembre 1607, Antoine de la Font de Savines à Alexandre de Comboursier. Une querelle banale et stupide mais au bout il y a la mort et c'est terrible. Peut-être à mettre en parallèle avec des faits divers d'aujourd'hui...


Source : Bulletin de la Société d'études des Hautes-Alpes
BnF/Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5700675g/f127.image

LE DUEL DE CHÉRINES ET DE BEAUMONT
8 Septembre 1607.

Au mois d'août 1607, Lesdiguières était dans son château de Puymaure près de Gap ; sa compagnie de gardes l'avait accompagné. Un grand nombre de jeunes gens des plus nobles familles du Dauphiné en faisaient partie, désireux d'apprendre le métier des armes sous ce grand capitaine, et comme la paix n'était point menacée ni à l'intérieur ni au frontières, Lesdiguières avait permis à ceux qui n'étaient point de service auprès de sa personne de loger en ville. Cette brillante et turbulente jeunesse tachait d'y passer son temps le plus agréablement possible.

Quelques maisons étaient ouvertes à Gap à cette époque, entre autres celle de Mérande de Chapponay, veuve du trésorier Arnoulx Lagier surnommé M, de Gangaille. Cette dame, qui parait avoir été une femme à la mode, appartenait à une noble famille du Dauphiné qui n'est point encore éteinte ; elle habitait sur la place St-Etienne, alors le plus beau quartier de la ville.

Un soir, Etienne de Bonne d'Auriac, vicomte de Tallard et seigneur de la Bâtie-Neuve, Claude de Gruel, seigneur du Saix et de Sigoyer, Jean Flotte, de la Batie-Mont-Saléon, chevalier de Malte, s'y trouvaient réunis avec Antoine de la Font, sieur de Chérines, et Alexandre de Comboursier, sieur de Beaumont. De ces deux demiers.qui tiendront une grande place dans ce récit, le premier était fils de Roux de la Font, seigneur de Savines, et âgé de vingt-deux ans. Le second n'avait que vingt ans.

Se disputaient-ils les bonnes grâces de la maîtresse de maison, je l'ignore, mais il est certain qu'ils étaient jaloux l'un de l'autre : ils passèrent toute la soirée à se cribler réciproquement d'épigrammes et de mots piquants, de sorte que, sans qu'une querelle eût éclaté, ils étaient fort surexcités et dans des dispositions fort agressives.

Quand vint le moment de se retirer. Ils trouvèrent dans la rue leurs laquais portant leurs épées ; ces serviteurs se mirent en devoir d'accompagner leurs maîtres. Beaumont logeait à l'auberge des Trois rois, située à l'endroit où est ouverte aujourd'hui la rue Elysée, et il se préparait à y entrer, lorsqu'il fit un faux pas en trébuchant sur le pavé inégal. Comme il se plaignait de l'obscurité, car à cette époque Gap n'était point éclairé la nuit, Chérines lui repartit en riant : « Vous avez un avantage par-dessus nous, c'est d'y voir aussi bien la nuit que le jour » faisant une allusion désobligeante à la faiblesse de sa vue. Beaumont, peu endurant, ne se prêta pas à une plaisanterie d'aussi mauvais goût, et s'approchant de Chérines il lui dit en le poussant : « Vous venez de faire une sotte raillerie ». Chérines, peu flatté de s'entendre qualifier de sot, saisit dans un mouvement de colère l'épée que portait son laquais, dégaina, et appliqua deux ou trois coups du plat de sa lame sur le dos de son adversaire. Beaumont, furieux de ce honteux traitement, arracha, à son tour, son épée des mains de son laquais et il l'aurait, sans doute, passée au travers du corps de Chérines si les assistants ne se fussent interposés.

Quand il eut repris possession de lui-même, Beaumont s'avança vers son adversaire et lui frappant dans la main : « Chérines, lui dit-il, touche là, tu t'en souviendras demain». Puis il rentra chez lui.

Lesdiguières, informé de cette querelle, prononça qu'un duel était nécessaire ; un gentilhomme ne pouvant avoir reçu des coups de plat d'épée sans en tirer satisfaction.

Dès le lendemain, Beaumont envoya donc appeler Chérines au combat par un de ses laquais, mais il était absent ; la nuit même il était parti sans dire où il allait. Beaumont le supposa retiré à Savines auprès de son père ; il monta aussitôt achevai accompagné de Charles Martin, seigneur de Champoléon, d'Henri de Philibert, seigneur de l'Argentière, et de Daniel de Fassion, seigneur de Montchal, et avança jusqu'à Rochebrune. Il y fit préparer un champ de combat et envoya un laquais prévenir le seigneur de Savines qu'il attendait son fils ; on ne lui rapporta aucune réponse. Un autre laquais fut aussitôt expédié chez M. de Gaillard, seigneur de Bellaffaire et oncle de Chérines, pour s'informer si son neveu n'était point chez lui ; on ne l'avait pas vu.

Beaumont, ses témoins et leurs laquais revinrent donc à Gap, où ils firent des gorges chaudes sur la lâcheté de Chérines ; ils annoncèrent hautement leur intention, s'ils n'avaient pas bientôt de ses nouvelles, de placarder leur défi à tous les coins de mur et de le faire crier par la ville à son de trompe et de tambour.

En présence du bruit et du scandale que faisait cette affaire, la famille de Savines s'émut et força Chérines à faire une démarche décisive. Il envoya donc à Beaumont un laquais porteur de la lettre suivante : « Monsieur, j'avais prié un mien ami de s'entendre avec vous sur l'heure, le jour et le lieu de la satisfaction que vous me demandez, et je vous ai envoyé un laquais pour vous faire savoir que, si je ne veux accepter Rochebrune pour vous y rencontrer, comme étant en Dauphiné où vous avez trop de parents et d'amis, je me trouverai le huitième de septembre à vos ordres à Valernes en Provence, avec un seul laquais, prêt à vous donner toutes les satisfactions que vous désirez. »

Le 7 septembre au soir Beaumont prit à part Pierre de Montfort, des Echelles, son camarade dans les gardes de Lesdiguières, lui demanda s'il pouvait compter sur son amitié et, comme il répondit affirmativement, il le pria de se tenir prêt à l'accompagner le lendemain ; il ne voulut pas lui dire, malgré son insistance, où ils devaient aller.

Ils partirent, accompagnés d'un laquais, le 8 septembre de très grand matin. Arrivés à l'auberge de la Queylane un peu avant Ventavon, ils rencontrèrent Pierre Parvisel, chirurgien assez renommé alors à Gap, car il avait fait ses études à la célèbre université de Montpellier ; ce médecin avait été appelé par son collègue maître Balthazar, chirurgien d'Upaix, en consultation auprès d'une malheureuse femme atteinte d'un ulcère à la face. Il cheminait paisiblement sur sa mule, lorsque Beaumont le pria de rebrousser chemin et de l'accompagner jusques sur le terrain de combat. Il ne crut pas devoir refuser.

A peine avaient-ils dépassé Ventavon qu'ils rencontrèrent un laquais de Chérines envoyé pour les guider auprès de son maître. Sous sa conduite, ils passèrent à gué la Durance près du moulin du seigneur du Poët ; arrivés sur l'autre bord le laquais les quitta pour aller prévenir son maître.

Cependant le bruit qu'une rencontre allait avoir lieu s'était répandu ; Claude de Comboursier , seigneur du Roison, frère de Beaumont, qui habitait Upaix, apprit que son frère y était mêlé et sautant rapidement à cheval, il se dirigea, suivi de quelques amis, vers les bords de la Durance desquels il put être témoin du combat qui eut lieu sur la rive opposée ; fidèle aux lois du duel il ne crut pas devoir s'approcher davantage des combattants et encore moins intervenir.

Cependant Beaumont, accompagné de son témoin Pierre de Montfort et du chirurgien Pierre Parvisel était arrivé à la métairie du Planet ; ils demandèrent à boire et à manger ; on leur servit du pain et des raisins, on envoya quérir du vin au village de Thèse, car il n'y en avait point au logis, et on fît donner en abondance de l'avoine aux chevaux.

Marin Châtillon, baile de Valernes, vint à passer ; Beaumont craignant qu'il n'allât prévenir la maréchaussée dont l'arrivée eût rendu le duel impossible, le pria de n'aller plus outre et de demeurer près de lui . « Monsieur, dit le soupçonneux Marin, je crois que vous avez quelque querelle ; les épées que vous portez me le prouvent, ainsi que les regards que vous jetez sur les gens à cheval qui, depuis ce matin, sont dans la plaine de Vaumeil ». Beaumont voulut d'abord nier, mais l'autre insistant, il finit par avouer qu'en effet il allait se couper la gorge avec M. de Chérines, mais il était superflu, ajouta-t-il, de chercher à les réconcilier. « Cependant, dit Marin, nous avons dans le pays de très honorables gentilshommes qui se feraient fort d'accommoder une querelle. — Non, c'est inutile, répliqua Beaumont avec impatience, ne cherchez pas à nous arrêter, car il faut que cela soit ; si on nous arrêtait aujourd'hui, nous recommencerions demain ».

Comme il prononçait ces mots, un laquais de Chérines s'approcha et dit que son maître attendait. Tirant un billet de la poche de son pourpoint, Beaumont le remit à Pierre de Montfort, sou témoin, pour le porter à son adversaire.

Voici ce cartel ; c'est la réponse à la lettre de Chérines qu'on a lue plus haut.

« Monsieur, votre ami s'est si mal acquitté de sa charge qu'il ne m'a osé rien dire, quoique je l'en eusse plusieurs fois prié. Votre laquais que vous m'avez, dites-vous, envoyé, s'est évadé. Je ne veux autre chose pour mon contentement sinon de vous voir tout seul en lieu que vous m'avez mandé, et je vous vais trouver, menant pour tout compagnon un laquais qui portera deux épées et deux poignards, pour vous en donner le choix et vous visiter. J'espère vous trouver seul aussi, et, s'il en était autrement, je vous publierais par tout le monde le plus lâche que la terre porte ».

Montfort remit ce cartel à Chérines qui le lut et dit : « Où est Beaumont ? — Tout près, il vous attend. — Allez donc le quérir, » dit Chérines en présentant Marcel Blain, seigneur de Saint-Andéol, son témoin. Celui-ci prit deux épées et deux poignards et joignit Beaumont auquel il dit : « Monsieur de Chérines vous attend et vous envoie ces épées, choisissez celle qui vous plaira. Il est au lieu assigné. Beaumont soupesa les épées et les trouva trop longues et trop lourdes pour son bras ; il en présenta à Saint-Andéol deux autres qu'il avait apportées, en lui disant : « Porte celles-ci à Chérines et rapporte-moi celle qu'il refusera, car de ce pas je vais le joindre ». Peu à peu les deux adversaires se rapprochaient.

Cependant Marin Châtillon, baile de Valernes, qui n'avait pas quitté les environs, voyant venir l'écuyer Moyse de Rive, et deux autres notables du pays, s'approcha et leur dit ; « Voilà deux braves gens qui vont se tuer; ne pourrait-on rien tenter pour les accommoder ? » Moyse de Rive était un vieillard et un ancien militaire ; il crut que son intervention pourrait être utile, et s'avançant, vers Beaumont, le chapeau à la main, il lui dit : « Monsieur, je crois que votre seigneurie a quelque querelle, je vous supplie de nous le dire, car, quoique nous n'avons point d'armes, nous vous assisterons au péril de notre vie. — Je vous remercie bien humblement, Messieurs, répondit Beaumont, et vous ai beaucoup d'obligation. Je vous dirai que j'ai querelle avec M. de Chérines qui, je crois, est là-bas dans la plaine qui m'attend, et je vous prie de vous retirer, car j'attends ici un signal. — Monsieur, insista le vieux gentilhomme, n'y aurait-il pas moyen de vous appointer. Ce serait grand dommage si vous ou votre partie vous perdiez faute de témoins. — Oh ! rien, rien, il n'y a moyen ; il faut que cela ait lieu et si on nous arrêtait ici nous saurions bien nous retrouver ailleurs et un autre jour, car M. de Lesdiguières le veut. »

Voyant leur intervention inutile ces honnêtes gens se retirèrent et les deux adversaires continuèrent à se rapprocher l'un de l'autre.

Lorsqu'ils ne furent pas éloignés de plus de trois cents mètres environ, le laquais de Chérines vint rendre à Beaumont l'épée et le poignard que son maître n'avait pas choisis et il lui dit : « Mon maître m'a ordonné de vous visiter pour m'assurer si vous n'aviez sur vous ni cuirasse ni sortilège. — Faites » répondit Beaumont. Le laquais le dépouilla de ses vêtements jusqu'à la chemise et constata qu'il ne portait ni colle de mailles, ni reliques, ni amulettes d'aucune sorte. Pendant ce temps le laquais de Beaumont faisait subir le même examen à Chérines.

Les deux adversaires se rapprochèrent jusqu'à cinquante pas l'un de l'autre. « Monsieur, voulez-vous prier? cria Chérines à Beaumont. — Je le veux bien » répondit Beaumont. Ils s'agenouillèrent l'épée nue à la main et demeurèrent quelques minutes en prières.

Au moment où Beaumont se relevait le laquais de Chérines se présenta de nouveau et demanda à le visiter encore ; il y consentit. Quand ce fut fini, il cria à son tour : « Monsieur, voulez-vous prier? » Chérines ayant répondu affirmativement, ils restèrent encore un instant en prières l'épée nue en main, puis, se redressant ils se joignirent.

L'endroit où ils se rencontrèrent se nommait le Thor ; il pouvait être quatre heures et demie du soir.

Le combat ne dura pas plus de cinq minutes. A la première passe Beaumont atteignit Chérines au flanc gauche et le blessa grièvement ; il voulut lui porter un second coup, mais son épée fut relevée par son adversaire qui riposta par une botte à fond et le perça de part en part au côté gauche sous la deuxième vertèbre. Chérines fit un bond en arrière puis revenant sur Beaumont, lui fit une nouvelle et profonde blessure au coté droit près de la clavicule.
Beaumont leva d'une main défaillante son épée pour riposter, mais ses yeux étaient déjà obscurcis par les ombres de la mort ; il pirouetta sur le pied gauche et tomba de toute sa longueur, la tête près du pied de son adversaire.

« Monsieur, cria Pierre de Montfort, donnez-lui la vie, je vous la demande pour lui ». Mais sans l'entendre et sans même avoir conscience de ses actes, Chérines porta au malheureux qui gisait à ses pieds un troisième coup d'épée qui, pénétrant à côté du cou, traversa le corps en écharpe et alla sortir dans le flanc droit.

Revenu à lui après ce bel exploit, il monta péniblement sur le cheval que tenait Saint-Andéol et, perdant beaucoup de sang, il piqua des deux. Il put atteindre une métairie appartenant à un nommé Paret ; là il s'évanouit, on dut le placer sur un matelas qu'on étendit sur une échelle et quatre hommes le transportèrent jusqu'au château de M. de Fombeton au bord de la Durance. Il s'y tint caché quelques heures, puis pendant la nuit on l'amena à Sisteron, où il put se soustraire aux recherches de la justice, fut pensé, soigné et enfin guéri .

Cependant lorsqu'il eut vu tomber son frère pour ne plus se relever, Claude de Comboursier du Royson traversa la Durance avec une quinzaine de cavaliers qui l'accompagnaient. Il trouva le chirurgien Parvisel dépouillant Beaumont de son pourpoint en lui criant : « M. de Beaumont, ne me voulez vous point parler ». Mais il n'eut aucune réponse, Le malheureux jeune homme avait murmuré en tombant : « Dieu aie mon âme ! » et depuis il ne parla plus.

Ceux qui l'entouraient étaient pénétrés de douleur : « Mon cousin, mon cousin de Beaumont, dit l'un d'eux en pleurant, ne me reconnaissez vous point ? » Mais il parlait à un cadavre dont les trois horribles blessures répandaient le sang à flots.

On héla quelques bergers qui de loin regardaient : « Mes amis, venez nous aider ». Ils accoururent. On rhabilla le mort, on le coucha et on le lia sur son cheval et on le fit traverser à gué la Durance près du moulin du seigneur du Poët.

Comme le corps était inondé de sang François de Périssol, fils du seigneur du Poët, entra dans la première maison qu'il rencontra, se fit donner un drap blanc par une femme et en couvrit la civière sur laquelle Beaumont fut étendu. On le porta jusqu'à Upaix et, quoique protestant, on l'ensevelit, le lendemain septembre, dans l'église du village, dans la chapelle des seigneurs du Royson.

Le jour même Honoré Guion, juge ordinaire de Valernes, apprit par la voix publique le meurtre commis, et commença une enquête dans laquelle il entendit de nombreux témoins. Le juge de Sisteron à son tour, fit une instruction et les pièces furent envoyées au Parlement de Provence.

Cependant la famille du mort s'était émue, et le 18 janvier 1608 elle déposa une plainte entre les mains de Jérôme Bernard, lieutenant du prévôt des maréchaux an siège des montagnes ; une deuxième enquête fut ainsi commencée.

Un fait, paraissant attesté par plusieurs témoins, était surtout d'une extrême gravité, c'était le coup d'épée porté par Chérines à son malheureux adversaire, lorsque déjà étendu sur le sol il ne pouvait se défendre, et qui transformait en assassinat un duel jusqu'alors loyal.

Au mois de juillet le parlement de Grenoble décréta Chérines de prise de corps ; mais il s'était caché et ne put être saisi. Le 19 du même mois son père présenta au vibailli de Gap une requête tendant à déclarer cette procédure irrégulière, l'affaire étant déjà entamée au parlement de Provence. En même temps il faisait agir les amis qu'il avait à la cour et obtenait des lettres royales de rémission datées de Fontainebleau et de la fin du mois de juillet.

La famille de Comboursier les attaqua comme rendues sur un faux exposé et demanda que, le défunt étant protestant, l'affaire fut soumise à la Chambre de l'édit de Grenoble, la famille de Savines tenait au contraire pour le parlement de Provence, le défunt ayant beaucoup de parents et d'amis dans celui de Grenoble.

Cette instance en règlement de juges fut portée devant le conseil du roi qui, par un arrêt du 13 février 1609, renvoya les parties à se pourvoir devant la Chambre de l'édit de Nérac. Chérines se constitua volontairement prisonnier à la conciergerie du parlement de Guienne.

L'affaire traîna jusqu'au 3 avril 1610 ; alors la chambre de l'édit de Nérac rendit un arrêt par lequel elle entérina les lettres de rémission, le crime de Chérines n'étant pas absolument démontré, et les transforma en lettres définitives d'abolition; mais elle condamna l'absous à tous les frais du procès, à 150 livres d'amende pour les œuvres pies, à mille livres d'amende envers le roi et à une pareille somme de dommages intérêts envers les héritiers du devint.
Toutes ces sommes réunies formaient un total assez important ; leur payement gêna la famille de Savines pendant de longues années.

Trois ans après cet arrêt qui le déclarait innocent, Chérines épousa Marie de Gérard de Saint-Paul. La famille de La Font de Savines, après avoir donné à l'armée et au clergé quelques hommes assez remarquables, s'est éteinte vers 1830 sans laisser aucun parent de son nom.

Le récit de ce duel tragique est consigné mot pour mot dans les procédures faites à son occasion avec une abondance et une précision extraordinaires. Tous ces documents sont entre mes mains et m'appartiennent.

Joseph Roman.

02 octobre 2010

Mémoire de la peste advenue à Digne en l'an 1629 par David de Lautaret

David Tavan, sieur de Lautaret est docteur en médecine (faculté de Montpellier) et châtelain de Saint-Vincent les Forts ; il cède sa charge à Joseph Lautharet son fils le 29 octobre ou le 23 septembre 1643. Il est cité dans la préface de « Adversus Aristoteleos » par Gassendi publié en 1623.

Il a écrit « Les Merveilles des bains naturels et des étuves naturelles de la ville de Digne en Provence, divisées en deux parties, la théorie et la pratique. Avec un traité de leurs serpents sans venin et une sommaire description de tous autres ». Son mémoire sur la peste de 1629 (11 pages manuscrites) a été repris par Gassendi et retrouvé au 19ème siècle ; ami personnel de Gassendi dont il est à l'origine de la publication de son premier ouvrage.

Il soigne la peste dès ses débuts à Chénerilles avec autre médecin et chirurgien, fin mai mis en quarantaine, malade en août mais remis en octobre; membre du bureau de santé en mars 1630 et du conseil général le 1er avril ; candidat malheureux au poste de premier consul. Il abjure la religion protestante à l'occasion de son mariage en 1616 avec Isabeau d’Augier [http://gillesdubois.blogspot.com/2005/01/transcription-de-lacte-de-mariage-de.html]

Voici son épouvantable récit :

Source : Annales des Basses-Alpes. Bulletin de la Société scientifique et littéraire des Basses-Alpes
Auteur : David de Lautaret
BnF/Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57685098.image.f76

La Provence était dans une pleine et générale santé, n'ayant encore que la charté des vivres et le bruit de la guerre d'Italie et de la maladie du Dauphiné et de la ville Lyon, quand tout le monde s'y mit en garde, qu'on établit des bureaux composés des plus notables de chaque ville pour veiller à la conservation publique, lorsque Digne fut atteinte de la peste qui ravagea en peu de temps environ huit mille personnes. Ce fut après le passage des troupes du Roi par la dite ville au Piedmont, qui logeaient partout nonobstant une rigoureuse observation des billettes, sans lesquelles nul n'était admis en aucune part.



On y reconnut aussitôt le coup que le semblant, si ce n'est que quelques jours auparavant elle fut découverte en deux ou trois autres endroits de la Province, et qu'on remarqua des grandes mutations aux saisons quasi toutes préposterées (Préposterées : renversées,, interverties). L'air était le plus souvent épais et nuageux au dessus de la ville, où des vapeurs opaques et grondantes voltigeaient avec des insupportables touffeurs, éclairs et tonnerres. Tout au commencement, il y eut un extraordinaire déluge des torrents ; l'on vit un soir une flamme comme une langue de feu, qui traversa la ville d'un trajet soudain et disparut au delà. Les jardiniers se plaignaient aussi du malheureux succès de leur plant, et les laboureurs de quelque pauvreté des récoltes.

22 septembre 2010

Listes diverses de réfugiés protestants de Provence

J'ai trouvé en début de semaine ces listes très intéressantes dans l'histoire des protestants de Provence sur Internet Archive à l'adresse suivante : http://www.archive.org/stream/histoiredespro01arna#page/546/mode/2up

Personnellement, j'y ai retrouvé la trace de plusieurs ancêtres ou cousins, notamment à Lourmarin, Roussillon et Grasse...

Voir aussi La base de données du refuge Huguenot du CNRS

A. Réfugiés de Genève.

1. Reçus bourgeois.

1547, 1er juillet. Jehan, fils de Loys Mathieu, potier de Sisteron.

1550, 14 août. Esprit, fils de feu François Nyelle, d'auprès de Manosque.

1555,
  • 2 avril. René, fils de feu Bertrand de Gassin, de Sallon de Craux.
  • 21 avril. Pierre, fils de feu Antoine de La Mer, de Saint-Rémy, en Provence.
  • 9 mai. 
    • Bernardin , fils de feu Jehan de Candolle, de Marseille.
    • Jehan, fils de feu Mery Jacquemoz, de Cadenet.
    • Claude, fils de feu Noël Tabuys, de Saint-Vincent.
    • Pierre, fils de feu Noël Tabuys, de Saint-Vincent.
    • Anthoine, fils de feu Jacques Guérin, de Cadenet.
  • 6 novembre. Nicolas de Tabuys, fils de Noé, chirurgien de Saint-Vincent.
  • 11 novembre. Jehan, fils de feu Jacques Guérin, hôte de Cadenet.
1556, 14 janvier. Jehan, fils de Jehan Fabri, ministre de Larche en Terre-Neuve.

1559,
  • 21 avril. Baptiste, fils de Jehan Didier de Soliers.
  • 9 mai. Thomas, fils de Bertrand Allègre de Marseille, ayant un fils nommé Girard.
  • 4 juillet. Estienne, fils de Pierre Guitton de Roussillon.
  • 13 juillet. Anthoine, fils de Monet Cresp, sargier de la ville de Grasse, ayant un fils Augustin.
  • 5 décembre. 
    • Dominique , fils de Bernardin Patac, de Dignes, ayant Jehan, Paul, Pierre et Honorat ses enfants.
    • Claude, fils de Blaise Lance, de Digne, ayant un fils nommé Abraham.
1567, 9 mai. Pierre, fils de feu Rocquebrunne, natif de Marseille, ayant Abraham, Jehan et Pierre ses enfants.

1572, 17 octobre. Guillaume Rey, de Tarascon, mercier.

1575, 11 novembre. André Arnaud, Provençal.

14 juillet 2010

Notices sur quelques capitaines châtelains et vi-châtelains de Crest

Le texte ci-dessous est extrait du Bulletin de la Société départementale d'archéologie et de statistique de la Drôme, vol 23-24. Voir http://www.archive.org/stream/bulletindelasoc101unkngoog#page/n876/mode/1up

M. Brun-Durand, dans ses savantes Annotations au Mémoire de l'intendant Bouchu sur la généralité de Grenoble, donne la liste de vingt-sept châtelains ou gouverneurs de Crest de l'an 1217 à la Révolution. Des documents mis obligeamment à notre disposition par M. Courtaux, archiviste à Paris, nous ont permis de rectifier et de compléter ladite liste et de fournir des renseignements inédits sur plusieurs des personnages qui commandèrent à Crest.

Voici d'abord les rectifications et additions :

Noble Antoine d'Hostun, chevalier de Malte, châtelain de 1435 à 1437. Ses armes étaient : De gueules à la croix engrêlée d'or.

Noble Aymar de Poisieu, dit Capdorat, châtelain de 1436 à 1447.

Noble et puissant homme Jacques de Taix, châtelain de 1448 à 1453. Armes : D'argent à deux fasces d’azur.

Noble Robert de Gramont, dit le Gros, châtelain de 1463 à 1467.

Aymar Chapeys, vi-châtelain de 1486 à 1487.

Noble Claude Fayolle, vi-châtelain de 1488 à 1489. Armes : D'argent au lion de gueules au chef d'azur chargé de deux palmes au naturel, passées en sautoir et liées de gueules.

Pierre Colombier, vi-châtelain en 1504 (En 1497 et 1498, on trouve un Pierre Colombier, exacteur à Crest. (Bibl. nat. Fonds franc., 22, 365, p. 43.) ).

Aymar Giraud, vi-châtelain en 1505.

Noble Pierre Dupont, vi-châtelain de 1514 à 1524.

Noble Nicolas Fayolle, châtelain de 1525 à 1561.

urreLouis d'Urre de Cornillan d'Oncieu, seigneur du Puy-St-Martin, Marsanne, Bonlieu, St-Maurice-d'Allex, La Motte-Chalançon, Portes et le Pont-de-Barret, chevalier de l’ordre du Roi et châtelain en 1563. Il était fils de Claude d'Urre et de Gabrielle Adhémar de Grignan. Armes : D'argent à la bande de gueules, chargée en chef d’une étoile de champ. Cri : Urre. Devise : En tous lieux, à toute heure. — Commandant de la Tour en 1589.

Claude de Clermont, seigneur de Montoison, gouverneur de Crest en 1589.

Mutio Gentille, gouverneur en 1596. Ses états et émoluments, par ordonnance de Henri IV datée du camp de Servaiz, 28 février 1596, furent fixés à 33 écus 1/3,

Philippe-Guillaume de Gramont, gouverneur des ville et château de Crest de 1698 à 1703.

François-Paul de Gramont, son fils, de même, de 1703 à 1752.

Marie-Philippe de Gramont, son fils, de même, de 1752 à 1790.

E. ARNAUD

Suivent quelques détails biographiques sur plusieurs de ces personnages : (voir http://www.archive.org/stream/bulletindelasoc101unkngoog#page/n878/mode/1up)

13 novembre 2009

Le Fort de Saint-Vincent du Lauzet en 1485

Ci-dessous, un texte original de V. Lieutaud sur le fort de St-Vincent du Lauzet (aujourd'hui St-Vincent les Forts) dans lequel on parle des Bosse de la Bréole, des Rodulf et de Baschi. J'ai pas mal d'ancêtres dans ce village, notamment les Lautaret et Théus, et j'aimerais bien trouvé des textes du même genre sur le St-Vincent des 17 et 18e siècles...

Le Fort de Saint-Vincent du Lauzet en 1485

Source : Annales des Basses-Alpes 1899-1900, p. 293
BnF/Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5685671b

Ce n'est pas d'aujourd'hui que les Italiens en général et les Piémontais en particulier veulent du mal à la France et cherchent à le lui prouver sur le dos de la Provence.

En ce temps-là, par suite de manœuvres aussi habiles que déloyales, ils s'étaient emparés de la vallée de Barcelonnette, et les comtes de Provence avaient été obligés de fortifier sérieusement Saint-Vincent, le fort le plus rapproché de leur frontière.

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St-Vincent les Forts

Aussi, la situation du capitaine commandant cette forteresse était-elle une des plus importantes du pays et rapportait-elle honneur et profit au chevalier qui était assez heureux pour en être chargé.

Cette brillante et fructueuse perspective avait allumé la convoitise d'un noble bas-alpin du commencement du XVe siècle, Barthold de Baschi, seigneur du Castelar (de Castellario), que les documents appellent encore Bartold Vast et Bertold Vase (1).
(1) Fils de Guittard ou Guichard, + 7 septembre 1425, et de Jacquette de Farnèse, père de Jean-Antoine, tige des seigneurs du Castelar, et de Thadée, souche des trois branches des seigneurs de Saint-Estève, Saint-Pierre, Thoard, Estoublon, Auzet et en Languedoc, des marquis d'Aubaïs. Tout le monde connait le célèbre Charles de Baschi, marquis d'Aubaïs (1666-1777), qui a publié, en 1759, trois volumes in-4° de Pièces fugitives pour servir à l'histoire de France (1546-1653). Barthold avait été fait écuyer du roi Louis II, comte de Provence, le 7 décembre 1413 ; il testa et probablement mourut en 1487. Il était aussi seigneur de Peyruis.
C'était, à cette époque, un chevalier de la Bréole, Guilhem Radulphi, que la confiance royale avait chargé de la garde de cette position importante et qui s'en acquittait à merveille. Il y avait été placé par la reine Yolande (1417-1423) et avait remplacé Antoine Bosse, aussi de la Bréole, dernier châtelain, décédé (1).

Radulphi appartenait à une famille d'employés supérieurs, qui paraît avoir joui d'une certaine faveur auprès du comte de Provence de l'époque, Louis III. Ce prince avait confié la viguerie d'Hyères (Ville nove Arearum), place importante sur le rivage provençal, à Jean Radulphi, pour un an, à partir du 1er mai 1425, par lettres patentes du 11 octobre 1424 (2), et, malgré le triste état des finances comtales, fit, plus tard, le 7 octobre 1432, à Jean Radulphi, surnommé le Baron, un joyeux don de 60 florins (3). Un siècle avant, le 2 juin 1348, la reine Jeanne donnait la seigneurie de la Bréole à Bertrand Radulphi, chevalier, maître rational, procureur et avocat royal (4) ; ce qui n'empêche qu'on ne trouve, en 1309, un autre Bertrand Radulphi et son petit-fils Guilhem, déjà seigneurs de la Bréole (5).
(1) Voir ci-dessus : Quelques hommages bas-alpins, 2 mars 1386 ; Thibaud Bosse, de la Bréole.

(2) Troisième indiction, Registrum Ludovici III, f° 270, v°.

(3) Ibid., f° 350.

(4) C. ARNAUD : Viguerie de Forcalquier, 1492; Bulletin de la Société scientifique et littéraire des Basses-Alpes, II, 287 ; Délibérations du conseil municipal de Sisteron, reg. n° 2, non folioté, ad calcem.

(5) GUICHARD ; Cominalat, II, 116. Le nom de cette famille est orthographié tantôt Radulphi, tantôt Radulf, Rodulphi, Rodulf et même Raoul. On peut en voir une assez mauvaise notice dans ROBERT DE BRIANÇON, II, 608, et MAYNIER : Noblesse de Provence, p. 236.
Guilhem Radulphi jouissait de la confiance royale. Il s'en rendait digne en exerçant consciencieusement ses fonctions de sentinelle avancée de la nation provençale, en entretenant à ses frais une bonne garnison, en veillant aux approvisionnements de la place et aux mouvements des ennemis italiens. Il avait été nommé châtelain à vie.

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Lac de Serre-Ponçon vu de St-Vincent

Et cependant Barthold de Baschi brûlait d'envie de le remplacer. Lui nuire dans l'esprit du prince et le faire révoquer, il ne fallait pas y songer. Il eut alors un trait de génie, digne d'un de ces rusés toscans dont il était issu.

Vu l'éloignement du comte, toujours occupé à batailler vers Naples, — et Dieu sait avec quels tristes succès, — la Provence était alors gouvernée par un vice-roi, locumtenens generalis, lequel n'était autre que Charles du Maine, le propre frère du roi Louis III, qui devait monter à son tour sur le trône de Provence en 1480, après la mort du fameux roi René, leur autre frère, et faire une si déplorable fin.

Comme toutes les races qui finissent, ce trio fraternel et stérile, — assez semblable à celui des derniers Valois, un siècle plus tard, en France, — manquait de beaucoup de qualités indispensables à un souverain, notamment l'activité, l'intelligence, l'énergie, la décision et la perception nette des hommes et des choses.

Berthold profita de ces défauts, — comme plus tard l'avisé Louis XI, de France, à notre dam, pour réunir la Provence à sa couronne. — Il vint à Aix, se faufila dans l'entourage du vice-roi, le flatta et s'en fit bien venir. Probablement, il le circonvint, lui représenta les hostilités italiennes imminentes, le mauvais état des places frontières, notamment celles des Basses-Alpes, son pays. Il n'eut, sans doute, pas grand-peine à se faire charger par ce prince facile et peu clairvoyant d'une commission lui revenant de droit, vu sa qualité de Bas-Alpin, — celle de visiter les places et les mettre en état de repousser, le cas échéant, les Italiens, éternels ennemis de la Provence (1).

A peine sa commission en poche, joyeux, il selle son coursier, se fait accompagner de solides estafiers et vole vers Saint-Vincent, — commençant ainsi sa tournée par la plus septentrionale des forteresses provençales.

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St-Vincent les Forts

Le fort était en bon ordre, bien gardé, bien armé, bien approvisionné. En cet état, son châtelain, Radulphi, jugeait peu nécessaire une visite pressante. Peut-être aussi connaissait-il Berthold et s'en méfiait-il un brin.

Le fait est que celui-ci dut user de ruse pour se faire ouvrir et pénétrer dans la forteresse.

Après avoir fait soigneusement embusquer, non loin des murs, sous un épais taillis, la troupe de gaillards qui l'avaient accompagné, il s'avance des remparts, exhibe sa commission, parlemente, fait enfin tant et si bien qu'il finit par se faire introduire dans le château.

Guilhem paraissait se tenir sur ses gardes, et le plus difficile restait à faire.

Bertold alors feint de remplir consciencieusement sa mission. Il visite la place de la cave au grenier, trouve, tout en ordre, loue Guilhem de la bonne tenue et ne tarit pas d'éloges sur son administration. Cependant les dehors lui ont paru un peu moins en état. Il lui a semblé que les fossés laissaient à désirer, qu'ils étaient çà et là éboulés, çà et là comblés, que les murs commençaient à se décrépir, à se démolir même. Il propose à Guilhem d'aller s'en rendre compte, voir les travaux à faire, les réparations à ordonner. Il insiste; il presse. Radulphi le suit enfin, sort du donjon, fait avec lui le tour des fossés, au bord desquels Bertold l'entretient le plus longuement possible, du côté opposé à l'entrée.
(1) C'était, du reste, une inspection qui se faisait assez souvent alors. — V. Dr BARTHÉLÉMY: Procès- Verbal de visites, en 1323, des fortifications des côtes de Provence..., Paris, Impr. nat., 1882, in-4°; tirage à part du t. IV des Mélanges historiques dans la collection des Documents inédits. — V. aussi aux archives des B.-du-Rh. les registres B, 77, en 1595; B, 246, en 1557; B, 193, en 1408 dans les B.-Alpes, publié par l'auteur de ces lignes, au t. IV du Bulletin de la Société scientifique et littéraire des Basses-Alpes, pp. 239 et 435, — et B, 1103, qui est le texte publié par le Dr Barthélémy.
Entre temps, ses estafiers sortent de l'embuscade où ils étaient cachés, latitabant, se précipitent sur les portes, s'en emparent, ligotent la petite garnison et en un clin d'œil se rendent maîtres de la place.

Berthold ne tarde pas à retourner, voit le succès de sa ruse, se jette dans le fort, en referme vivement la porte au nez de Radulphi ébahi, stupéfait, ahuri.

Celui-ci finit cependant par revenir à lui, mais trop tard.

Il essaie alors de parlementer avec Berthold sentimentalement, doucement, sérieusement, énergiquement, furieusement, sur tous les tons possibles. Rien n'y fait. Il exhorte, adjure, conjure, refuse de prendre la chose au sérieux. On lui rit au nez. Il invoque la reine Yolande, qui le nomma, le roi Louis, son fils, actuellement régnant. Chansons ! Il menace, fulmine, argue de faux la commission du visiteur des places fortes. On le nargue. Il finit par s'emporter, tempêter, éclater en injures, en invectives, crier à l'infamie, à la trahison, insulter, provoquer, défier !.. On menace de tirer dessus, s'il ne se sauve promptement (1).
(1) Cette surprise déloyale qui eût mérité un châtiment exemplaire, si en Provence il y avait eu alors des châtiments, nous rappelle que deux frères Baschi, les seigneurs d'Aubaïs et de Saint-Estève, furent condamnés à avoir la tête tranchée et furent exécutés en effigie à Air, le 14 avril 1628. (Lettres de Peiresc, I, 593). Raço racejo ! — V. sur cette famille d'origine italienne, ROBERT DE BRIANÇON, I, 330 ; ARTEFEUIL, I, 186, et la généalogie fort rare, imprimée, en 1757, par les soins de François de Baschi, comte de Saint-Estève, ambassadeur en Portugal.
Radulphi gagna alors le large, honteux, déconfit, vexé, furieux, exaspéré, en proie à la honte, aux regrets, à l'indignation, à la rage, au paroxysme du courroux. L'âme bouleversée par les sentiments les plus violents et les plus divers, il saute sur un cheval et vole à Aix.

Charles du Maine le reçoit avec sa nonchalance habituelle, trouvant que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes et ne demandant qu'une chose : c'est qu'on le laisse tranquille, — unique désir des administrateurs d'un pays décadent.

Ce n'était pas le compte de Radulphi. Respectueusement, puis plus vivement, il insiste, persiste, prie, supplie. C'est en vain. Les jours, les mois passent inutiles à la cour du prince faible et indolent. Désespérant d'obtenir justice et réparation, Radulphi descend à Marseille, s'élance sur le premier vaisseau en partance pour Naples et porte ses doléances jusqu'au palais d'Aversa, où se trouvait alors le roi.

Louis III, le plus énergique des trois frères, nos trois derniers comtes, écoute le plaignant, trouve la chose étrange et avise immédiatement.

Le même jour, 30 mars 1425, il signe deux lettres patentes.

Par la première, il ordonne à son conseiller Pierre, seigneur de Venterol, chevalier (1), de remettre Guilhem Radulphi en possession du château de Saint-Vincent, par tous les moyens, même, s'il le faut, par la force, afin que satisfaction complète soit accordée au châtelain expulsé.
(1) C'était un des hommes de confiance du prince, qui, de 1399 à 1401, l'avait chargé de vérifier les dettes de la ville de Toulon et l'avait nommé viguier de Marseille en 1414. Cette famille, fort ancienne, figure aux chartes 692, 730, 992 du Cartulaire de Saint-Victor, dans LOUVET: Additions, I, 564, 571 ; Bulletin de la Société scientifique et littéraire des Basses-Alpes, VIII, 49, etc. En 1373, Raimond de Venterol avait un brevagium, bref ou seigneurie particulière à Aiglun.
Pour qu'il puisse mieux remplir sa mission, il lui conte toute l'affaire, — ce qui nous procure l'honneur de la tenir de sa plume royale et le plaisir de la narrer, à notre tour, à nos lecteurs.

Par la deuxième, il confirme Radulphi en son office de capitaine de Saint-Vincent, sa vie durant, lui rappelant de nouveau les obligations de sa charge, que le tour joué par Bertold rendait plus strictes : vigilance à toute épreuve, fidélité inviolable, entretien d'une garnison constante et suffisante, inventaire des armes, vivres et munitions, réparations à exécuter, etc., — sans oublier les gages.

Il faut croire que Guilhem Radulphi partit d'Aversa satisfait et que, comme dans les contes des fées, une fois rentré dans son château, il finit par se marier et avoir beaucoup d'enfants, — si ce n'était déjà fait.

Nous avons eu la chance de découvrir naguères les deux lettres patentes aux fos 286 et 287 d'un vieux manuscrit de la Bibliothèque Méjane d'Aix, coté 538, connu sous le nom de : Registre de Louis III, comte de Provence. C'est là, ami lecteur, si le cœur vous en dit, que vous pourrez aller vérifier l'aventure et tirer encore bien des renseignements inédits sur l'histoire de Provence, dont, pour terminer, nous ne mentionnerons que les suivants :

F° 45, 31 décembre 1423. — Commission à Elion de Glandèves, seigneur de Faucon, et à Louis Galiot de presser le départ de la flotte provençale, qui était à Gênes.

F° 88, 4 juin 1424. — Lettres de familiarité pour Jean d'Amat.

F°136, 22 novembre. — Noble Verdillon, dit Biscoto, de Riez, est nommé capitaine de la terre de Saint-Laurent en Calabre pour 1425. — Autre lettre au même, f° 206, v°.

F°144,147, v°, etc., 1423-1424, etc. — Nombreuses lettres à Georges de Alamannia, comte de Pulcino, vice-gouverneur de Calabre.

F° 279, 15 novembre 1424. — Lettres à Charles du Maine, lieutenant général en Provence, de prorogation de délai pour les dettes de feu Barras de Barras, fils de Jean, sa femme Agassène et leur fils, contractées pour aider le roi à conquérir la Sicile.

F° 305, 1425. — Lettres pour Sarre de Brancas.

F° 348, v°, 5 juillet 1432. — Pour Grasso de Brancas.

Fos 114,153, etc. — Nombreuses lettres de nomination de notaires royaux et pour leurs examens, etc.

F° 268, 6 novembre 1428. — Confirmation, pour toute sa vie, de la nomination antérieure de Jourdain Brice, j. v. d., maître rational à la grand'cour d'Aix, à l'office de juge-mage et des seconds appels de Provence et de Forcalquier, etc., etc.

On peut consulter sur ce fonctionnaire la singulière notice d'ACHARD : Hommes illustres de Provence (Marseille, 1787, in-4°), II, 575. On y verra que Brice fit imprimer un savant ouvrage en 1433, trois ans avant l'invention de l'imprimerie. Achard n'indique pas le pays, à jamais célèbre, où cette impression aurait eu lieu. Souhaitons que c'ait été en Provence. Achard le fait encore mourir en cette année 1433. La vérité est qu'il contresignait encore des lettres royaux en 1438, avec la qualité de juge mage, professor eximius, seigneur de Velaux et Châteauneuf-le-Rouge, ainsi qu'on peut le voir dans FAILLON : Monuments inédits de l'apostolat de sainte Madeleine, in-8°.

V. LIEUTAUD.

03 septembre 2008

Renaissance du Romans Historique

Jean-Yves Baxter vient de lancer une nouvelle mouture de son site "Romans Historique" qui, comme son nom l'indique, traite de l'histoire de Romans-sur-Isère dans la Drôme. La charte graphique est magnifique, je ne savais pas qu'on pouvait faire des choses aussi sophistiquées avec Wordpress. Bravo Jean-Yves.

L'adresse : http://romanshistorique.free.fr/

31 mars 2007

Histoire d'Antibes et de Vence par Eugène Tisserand sur Google Books

L'histoire d'Antibes et l'histoire de Vence d'Eugène Tisserand sont sur Google Books. L'histoire d'Antibes est en mode Affichage d'extraits (dommage) tandis que l'histoire de Vence est en mode Affichage du livre entier et téléchargeable en PDF.

On trouvera dans ces deux ouvrages une foule de renseignements sur quelques grandes familles de Provence telles que Grimaldi, Lascaris, de Villeneuve, etc.

24 décembre 2006

Essai historique sur le Cominalat dans la ville de Digne de Firmin Guichard sur Google Livres

L'essai historique sur le Cominalat dans la ville de Digne de Firmin Guichard est consultable sur Google Livres :
  1. Tome I
  2. Tome II
Le cominalat était une institution municipale provençale au 13ème et 14ème siècles.

21 décembre 2006

Peiresc généalogiste

Source : Annuaire du Conseil héraldique de France. 1888.
BnF/Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k368843/f120.item

Pour faire suite au billet d'hier sur les manuscrits de Peiresc, voici un article de Philippe Tamizey de Larroque publié dans l'Annuaire du Conseil héraldique de France de 1888 qui donne une idée de la quantité et de la qualité des travaux de Fabri de Peiresc en généalogie.
On a souvent loué le savoir encyclopédique de Peiresc, et on a pu dire en toute vérité que « c'est plaisir de voir la merveilleuse aisance avec laquelle il s'occupe tour à tour de l'histoire ancienne et de l'histoire contemporaine, de recherches astronomiques et de recherches archéologiques, de bibliographie et d'histoire naturelle, de travaux géographiques et de travaux philologiques. »
Lettres de Peiresc aux frères Dupuy, publiées dans la collection des Documents inédits sur l'Histoire de France. Paris, Imprimerie Nationale, tome 1er, in-4°, 1888, Avertissement, p. 4. Conférez Un grand amateur français du XVIIe siècle. Fabri de Peiresc, par Léopold Delisle, membre de l'Institut. Toulouse, Ed. Privot, 1889, in 8°, p. 6.
L'admirable chercheur ne négligea pas les études généalogiques. Ce fut même avec une sorte de prédilection qu'il recueillit, pendant une grande partie de sa vie, des documents relatifs aux vieilles familles de l'Europe, en général, et de la France, en particulier.

Dans la collection qui porte son nom, à l'Inguimbertine de Carpentras, on trouve plusieurs registres où figurent ces documents. Nous citerons, par exemple, le registre III, qui renferme beaucoup de choses sur les armoiries, les devises, les hérauts d'armes, en un mot, sur tout ce qui regarde la science héraldique ; le registre X, où se déroulent des tableaux généalogiques, avec blasons coloriés, consacrés à la famille de Fabri ;
Les renseignements réunis là ont été mis à profit par Gassendi dans les premières pages de sa biographie de Peiresc, laquelle ne sera jamais assez louée (Paris, 5645, in-4°). On peut en rapprocher les Généalogies des maisons de Fabri et d'Ayreux par Jules de Bourrousse de Laffore, président de la société des sciences, belles- lettres et arts d'Agen (Bordeaux, 1884, in-8°).
le registre XIII, entièrement occupé par la généalogie de la maison d'Autriche ; les registres XXII et XXXII, où sont réunies diverses généalogies ; le registre LXVII, tout rempli de traités généalogiques pour l'histoire des comtes de Provence; le registre LXVIII, formé de titres et mémoires pour la famille des Porcellets ; les registres LIX et LXX, où abondent les généalogies provençales, notamment les généalogies des maisons d'Agoult, de Baux, de Brancas, de Briançon, de Castellane, de Foresta, de Grignan, de Lascaris, de Luynes, d'Oraison, de Pontevès, de Puget, de Roquebrune, de Sabran, de Simiane, de Vallavoire, de Villeneuve, etc.

Pour montrer encore mieux le vif intérêt que prenait Peiresc aux questions généalogiques, je vais reproduire un lettre qu'il adressait, le 12 novembre 1633, au marquis d'Albigny de Simiane, et où l'on trouvera divers détails curieux sur la maison que l'éminent érudit se plaît à appeler, sans crainte du pléonasme, la « très illustre et célèbre maison de Simiane ».

PHILIPPE TAMIZEY DE LARROQUE.

AU MARQUIS D'ALBIGNY DE SIMIANE

Monsieur,

Le sieur le Roux de Saluces que V. E. a envoyé en ce pays pour les affaires de votre maison, m'ayant esté adressé de la part de M. du Barroux et m'ayant communiqué les mémoires et instructions dont vous l'aviez chargé concernant la généalogie de vos ancêtres, je lui ay fait voir l'arbre que j'en avois autrefois dressé et quelques pièces et extraits que j'avois retenu d'aucuns des principaux actes qui m'en estoient passés par les mains, dont il a désiré copie que je luy ay fort volontiers accordée pour la grande vénération que j'ay portée de longue main à toute votre très illustre et célèbre maison de Simiane et particulièrement à la valeur de feu M. d'Albigny, votre père (1), et que je désire continuer à la personne de V. E. et de tous les vostres, aussi bien qu'à la piété singulière de Madame la Marquise de Pianesse, votre mère (2), qui s'est rendue si recommandable en nos jours et tout fraîchement par les riches offrandes qu'elle a envoyé faire à Ste-Anne (3), et d'autant que j'ay vu que vous désiriez des extraits authentiques des dates et documents dont est fait mention dans les vieilles instructions de la maison de Gordes dressées dès l'an 1587, ce qu'on présuppose, par le sieur de Saint-Sernin, suppléées de la main de feu M. de la Roche Giron, Aymar de Simiane (4), en l'an 1587 qui sont dans les archives de la maison de Gordes et dont vous avez des copies, et que l'absence de M. le marquis de Gordes en peut rendre la recherche difficile, présentement et de longue attente, j'ay creu que V. E. n'auroit pas désagréable que l'on fist extraits des pièces que j'avois autrefois veues dans les Archives du Roy en la Chambre des Comptes, justifications des plus honorables marques de haute noblesse qui se puissent avoir en cette province et pour cet effet j'y mené hier cet honnête homme pour les luy faire voir à luy mesme et en fit mettre à part aucunes des principales pour les extraits, entre autres un hommage de l'an 1250 ou environ fait au roy Charles, comte de Provence, par Isnard de Pontevès, lors aisné de la maison de Sault ou d'Agoult (5), pour un tiers de la ville d'Apt et pour la moitié du lieu d'Agoult, pour tout le lieu de Rossillon et autres terres soubz la réciproque promesse que le prince luy fait de faire maintenir aux mesmes libertés, franchises et honneurs que sont tenus les seigneuries de Simiane ou ceux d'Agoult, par lesquels termes il appert que ceux de la maison d'Agoult se tenoient bien honorés d'estre traittés à l'esgal des seigneurs de Simiane et mesme de leur céder, comme il semble, quelque grand rang qu'ils ayent prétendu et tenu de tous temps en ceste province, et un autre acte de l'an 1156 sur la réception des ostages du traité de paix d'entre les comtes de Barcellonne et de Provence, oncle et nepveu d'une part, et la princesse Estiennette, leur tante, avec les enfans et partisans, d'autre, pour la réduction de la forteresse de Trinquetaille, d'Arles à l'obéissance de ses princes sous la peine de dix mil sols et la caution de quatre grands seigneurs, entre lesquels un Guiraud de Simiane tient le premier rang, encores que celuy qui le suit immédiatement nommé Rames de Castlaraye depuis veu fondre dans sa maison toute la Conté de Forcalquier et ycelle partagée entre ses deux petites filles mariées au comte de Provence et avec celuy de Viennois respectivement et encores que celuy qui est mis au troisiesme rang nommé B. Pelet comte de Melguior fust frère utérin du mesme comte de Provence qui estoit la principale partie intervenante à ce traitté, d'où il faut colliger que la maison de Simiane estoit réputée pour lors d'une bien haulte extraction et appuyée de bien haultes alliances.
1. On sait que Charles de Simiane d'Albigny fut décapité, le 17 janvier 1608, par ordre du duc de Savoie.

2. Mathilde de Savoie, fille naturelle d'Emmanuel Philibert, duc de Savoie, et de Béatrix de Langusco, marquise de Pianezze, mourut à Suze en 1649, surintendante de la maison de Christine de France, duchesse de Savoie. C'est par le mariage de Mathilde que la terre de Pianezze est entrée dans la famille de Simiane.

3. Il s'agit là de l'église cathédrale d'Apt, sous l'invocation de sainte Anne, lieu de pèlerinage très fréquenté et où, une trentaine d'années plus tard, la reine Anne d'Autriche vint honorer les reliques de sa patronne (27 mars 1660).

4. Aimar de Simiane, seigneur de la Rochegiron, né en 1536, épousa Hortense Cenami et n'en eut qu'un fils, Paul, mort sans alliance. Il était le onzième fils de Bertrand Rambauld de Simiane, baron de Caseneuve et de Gordes, et de Pierrette de Pontevès de Cabanes. C'était le grand-oncle du destinataire de la présente lettre.

5. M. le Marquis de Boisgelin, dont la compétence et l'amabilité sont également célèbres, veut bien me rappeler que les généalogistes sont d'accord pour regarder la maison d'Agoult comme tige de celles de Pontevès et de Simiane.
Et de fait vous aurez l'extrait du testament du dernier comte Bertram de Forcalquier d'environ l'an 1168 où il institue héritier son frère Guillaume et advenant que son frère n'approuve certains lais y contenus en faveur de la religion de saint Jean de Hiérusalem, il révoque ladite institution d'héritier et fait le département de sa succession en trois parts dont il veut que le comte de Toulouze, son cousin, aye tout le pays qui lui appartenoit depuis Sisteron jusques aux Alpes, que ses cousins Guillaume de Sabran et Guillaume de Simiane avec leurs petits nepveux ayent le pays d'entre Sisteron et le Rosne, et que son cousin Raymond de Mevouillon aye Sisteron avec les vallées de Noyers et Saint-Vincent (1), ne laissant que certaines terres à la princesse Alya, sa soeur. Or d'autant que ceux de votre maison ont autrefois possédé la seigneurie de la ville d'Apt, et que après en avoir fait divers partages et subdivisions entre eux, si bien les Roys comtes de Provence en avoient acquis diverses portions ils en ont pourtant longuement possédé aucunes en partage avec leurs maistres. Je fis mettre à part dans les archives de la Chambre des Comptes divers registres et liasses d'hommages et autres anciens titres de documents justificatifs tant des acquisitions faites par les Roys que de la possession continuée par ceux de vostre maison pour marquer des prérogatives d'honneur qu'elle a conservées de temps en temps affin que vous les puissiez faire extraire, si bon vous semble. Cependant je n'ai pas laissé d'en fournir quelques pièces et mémoires de ma part, selon qu'il s'en est trouvé d'aucuns à ma disposition, et spécialement un acte de l'an 1323 par où il appert que les officiers d'un Guiraud de Siiniane, lors conseigneur de la ville d'Apt, achetèrent les meubles de l'hostel de ville conjointement avec les officiers du Roy, un autre de l'an 1188 par lequel un Bertrand Raimbauld, seigneur de Simiane, donne la seigneurie de Bonnelelher à l'abbaye de Valsamte et de trez grands privilèges dont j'ay fait voir l'Original à vostre homme escript en parchemin ayant encore le seau pendant ; le cavallier qui y est représenté armé de toutes pièces et avec les anciennes armoiries de la maison ; enfin il seroit trop long de vous en faire le dénombrement de tout ; seulement en cotteray un autre de l'an 1225 dont j'ay pareillement exhibé l'original avec sa bulle de plomb d'une dame Samce de Gaillé, femme de Bertran de Caseneufve, dame en partie de Gaillé, laquelle y dispose de quelques domaines nobles de la ville de Yères où elle avoit part avec ses frères et cousins (2), et n'attends pour faire mettre au net la copie de la généalogie que j'en avois cy devant dressé, si ce n'est que nous ayons les pièces de la Chambre des Comptes pour les induire et datter en leur lieu sur les personnes y desnommées. Cependant vostre homme désire de vous donner advis à l'advance, à quoy j'ay fort volontiers condescendu pour avoir moyen de vous offrir mon trez humble service, ensemble à Madame la Marquise, vostre mère, et à tous les vostres, y estant obligé non seulement par une ancienne inclination qui m'avoit fait desvouer à toute vostre maison, mais encore par une nouvelle alliance que nous avons contractée depuis quelque temps avec une fille de feu Monsieur de Rousset et de Madame Isabeau de Simiane de la maison de Chasteauneufdu Comté Venessien que mon nepveu de Rians a espousée et par mesme moyen toute sorte de reverance au sang de cette ancienne famille et nous a fort estroitement attachez quant et luy et tous les nostres et moy, principalement d'estre soubz l'adveu de Vostre Excellence tout le temps de ma vie, Monsieur, Vostre trez humble et trez obeissant serviteur.

DE PEIRESC.

A Aix, ce 12 novembre 1633 (4).
1. Ces deux terres, situées dans le département des Basses Alpes, appartenaient à la famille de Fauris au moment de la révolution

2. L'excellent guide mentionné un peu plus haut craint que Peiresc ne fasse erreur en avançant que Bertrand de Caseneuve appartenait à la famille de Simiane : du moins, ajoute-t-il, n'en ai-je jamais trouvé mention Je demande à M. le Marquis de Boisgelin la permission de défendre contre lui mon cher héros et de représenter que, puisque Peiresc parle d'un sceau, il y a très probablement vu les armes de Simiane.

3. Claude Fabri de Rians avait épousé, en 1632, Marguerite des Alrics de Corneillan, fille de Jacques, seigneur de Rousset, et d'Isabeau de Simiane de Châteauneuf.

4. Bibliothèque Nationale, fonds français 20,287, f° 38.

20 décembre 2006

Le catalogue descriptif et raisonné des manuscrits de la Bibliothèque de Carpentras Par C. G. A. Lambert

Le tome III du catalogue descriptif et raisonné des manuscrits de la Bibliothèque de Carpentras par C. G. A. Lambert peut être consulté sur Google Recherche de Livres. Je n'ai pas trouvé les tomes I et II. Ce catalogue contient l'inventaire de la collection des manuscrits de Peiresc.

Nicolas-Claude Fabri de Peiresc était un intellectuel du XVIIe siècle, un grand historien de la Provence mais aussi un fabuleux généalogiste. Sa collection de manuscrits est une vraie mine d'or, je me demande si on peut encore les consulter à la bibliothèque de Carpentras.

A titre indicatif, voici ce qu'on peut trouver sur la famille de Villeneuve :
  • Procédure de l'excommunication prononcée par l'évêque de Vence contre Pierre Romieu de Villeneuve, le 9 février 1291,
  • Donation faite par Pierre Romieu de Villeneuve de la 4ème partie de ses biens à l'évêque de Vence, le 15 novembre 1300,
  • Maison de Trans. Grand arbre généalogique colorié, sur parchemin, dressé pour Messire Antoine de Villeneuve, Marquis de Trans et des Arcs, contre les consuls et particuliers du lieu des Arcs,
  • Testament de Romée de Villeneuve, premier baron de Vence, l'an 1250, le 15 décembre,
  • Mémoire de M. Barcilon, grand vicaire de Vence, sur Romée de Villeneuve et ses descendants,
  • Mémoire constatant que de Romée de Villeneuve est descendue la maison de Vence, et que de Raymond de Villeneuve, frère puiné de Romée, sont descendues les maisons des ARcs et de Trans,
  • Généalogies de Grignan, Simiane, Villeneuve,
  • Etc.


Liens :

02 décembre 2006

Quelques documents historiques en ligne

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03 juin 2006

Origine de la baronnie de Grimaud

Source :

BnF/Gallica : Inventaire général des papiers renfermés dans les archives du château de Grimaud.
http://gallica.bnf.fr/document?O=N209782

Décoration de ce fief, sa suzeraineté sur les terres du golfe ; noms des Rois, princes et seigneurs qui l'ont possédée depuis la première inféodation en 980 jusques aujourd'hui 1781, appuyée sur l'histoire de Provence et sur les titres authentiques renfermés dans les archives du château de Grimaud.

Les Maures d'Afrique plus connus sous le nom de Sarazins firent une incursion en Provence et s'y établirent vers l'année 850. Ils s'emparèrent du golfe de Sambratie, Sinus Sambracitanus, aujourd'hui nommé golfe de Grimaud; ils s'avancèrent dans les terres et se fortifièrent sur une montagne escarpée appelée Freinet ou Fraxinet : c'est de cette retraite sure et forte que ces barbares ravagèrent toute la Provence, qu'ils la dévastèrent par le fer et par le feu. Leur séjour de plus d'un siècle les avoit extrêmement multipliés; leur audace s'accrut avec, leur puissance; ils courraient depuis le Fraxinet jusqu'à l'extrémité de la Provence et tout pliait devant eux, lorsqu'un seigneur de Castellane, indigné de leurs brigandages, entreprit de les combattre. Ils avoient incendié la ville de ce nom qui est située dans nos hautes montagnes, il les battit plusieurs fois et les en chassa ; ils furent poursuivis par Gibelin de Grimaldy, des princes de Monaco, qui leur livra plusieurs combats et les força ensuite dans leur forteresse du Fraxinet qu'il détruisit, après les avoir tous exterminés.

Guillaume Ier, comte de Provence (980), pour récompenser la générosité de ce jeune seigneur et sa grande valeur, lui inféoda non seulement le fort Fraxinet, mais encore toutes les terres et territoire du golfe Sambracitain que la gratitude des peuples a depuis lors appelé golfe de Grimaud, du nom de leur libérateur.

Gibelin de Grimaldy venant prendre possession de son domaine y choisit le lieu nommé Sambracia ou Gambracia pour en faire le chef lieu de son golfe, y fit bâtir un château servant de forteresse et l'appela de son nom Grimaud qu'il porte encore.

La famille de Grimaldy a été seigneur de Grimaud et de sa vallée depuis l'inféodation de cette terre jusque vers l'an 1240 que François et Reignier de Grimaldy la divisèrent et en aliénèrent la plus grande partie en arrières fiefs. (Hist. de Provence par Bouche, Nostradamus, Gofridy, Louet).

Tous ces arrières fiefs étaient Grimaud, La Garde Freinet, Cogolin, La Molle, Gassin, Ramatuelle, St Tropez, Ste Maxime, anciennement dite Bastida, Les Gareinières, terroir de Cogolin, et puis après Bertaud, terroir de Gassin.

Mais les Grimaldy se réservèrent sur toutes ces terres les droits les plus éminents (droits de la terre), comme la haute juridiction, l'hommage des seigneurs, les régales, les appellations, les droits de prélation et d'investiture.

La terre de Grimaud fut également aliénée quelques années après (1280) par les frères Grimaldy et divisée entre plusieurs seigneurs.

Une petite portion tomba au pouvoir des comtes de Provence mais elle devint bientôt considérable par le transport et rémission qui fut fait à Louis II, comte de Provence, par le pape Clément VII, séant à Avignon, le 4 décembre 1383. De tous les droits de juridiction haute, moyenne, basse, mero, mixto, imperio, herbages, eaux, pêches et tous autres droits quelconques exprimés dans donation.

Il y avoit aussi plusieurs autres seigneurs portionnaires du grand fief ; outre le prieur de Grimaud, il y avoit Guillaume de Pontevès, seigneur de Vidauban, La Garde, Cogolin, etc., un Jacques de Camarat et l'abbé du Thoronnet, ainsi qu'on le voit par des actes des années 1360 et 1377, par lesquels il s'agissait de faire la répartition de ce que chacun des coseigneurs devait contribuer pour les réparations de la forteresse de Grimaud et pour y faire creuser une citerne.

Le 8 octobre 1389, la reine Marie de Blois donna et inféoda Christophle Adurne, fils de Antoine, prince ou duc de Gênes, tous les droits qu'elle ou la Cour royale avoit au lieu de Grimaud, baronnie et bailliage de Valfreinet, donation que Louis II confirma au mois de décembre 1396.

Antoine Adurne était déjà avant cette inféodation coseigneur et partenaire du grand fief, depuis le 19 septembre 1380, par l'échange qu'il avait fait avec Fouquet de Pontevez de la terre et château de Flassans, il acquit également la portion du domaine et seigneurie de Grimaud, de Giraud de Villeneuve, un des coseigneurs par acte du 4 octobre 1390.

Au mois d'août 1406, la terre et Baronnie de Grimaud fut confisquée sur Thoronéas et Charles Adurnes convaincus d'excès et félonie, soit dans le lieu de Grimaud que dans ceux de la baronnie et surtout à Cogolin où ils tuèrent Romey Matois, notaire, et encore pour n'avoir pas voulu recevoir dans leur (sic) de Grimaud le prince de Tarente, frère du roi, et d'avoir souffert que leurs officiers commissent des concussions dans les dépendances de la Baronnie.

Par cette confiscation la terre de Grimaud et la baronnie de Valfreinet fut totalement réunie au domaine royal.

Le 1er octobre 1406, Louis II, comte de Provence, donna et inféoda à Pierre d'Assigné, son grand sénéchal, la terre et baronnie de Grimaud, bailliage et vallée de Freinet qu'il décora des droits les plus éminents, comme du droit de ressort, premières appellations, droits de port, plages, rivages, cours et décours des eaux, naufrages, régales dans toute la baronnie, hommages et généralement tous les autres droits plus amplement expliqués dans les lettres de l'inféodation, comme on peut le voir dans les titres originaux renfermés dans le sac n° 10.

Pierre d'Assigné étant mort sans enfants, Hélène d'Auguieu, sa veuve, craignant d'en être évincée, vendit le 7 mai 1427 la terre de Grimaud et vallée de Freinet à la reine Iolande avec tous et un chacun les droits qui avoient été donnés et inféodés à Pierre d'Assigné, son mari.

La terre et baronnie de Grimaud fut dès lors unie au domaine royal et comtat de Provence jusqu'au 21 avril 1441 que le roi René la donna et inféoda à Jean Cossa, comte de Troye, son chambellan, grand sénéchal et lieutenant général en Provence. Le 20 septembre suivant, le même roi René confirma cette inféodation. Le 1er décembre de la même année, le roi René non seulement confirma audit Cossa la susdite donation et inféodation, mais il désigna et innumera encore tous les droits et prééminences dont il voulait que cette terre fut décorée, pour le dit Cossa et ses successeurs en jouir. L'on y voit le droit de part, plages, naufrages, droit de ressort, juridiction, premières appellations, pêches, cours et décours des eaux et régales dans toute la baronnie et vallée, le roi ne se réservant sur ladite baronnie et vallée que la supériorité et l'hommage dudit Cossa.

Gaspard Cossa vendit la baronnie à Jean de Berre, mais Charles ou Etienne de Vesc ayant obtenu le droit de prélation de Charles VIII, roi de France, premier comte de Provence, sur ladite terre, il déposséda ledit de Berre de cette acquisition et obtint du même roi Charles VIII des lettres patentes du mois de janvier 1491, portant confirmation en faveur d'Etienne de Vesc, alors baron de Grimaud, de la donation et inféodation de la terre de Grimaud, baronnie et val Freinet, faite parle roi René à Jean Cossa de tous les droits et privilèges y énoncés.

Au mois de février 1500, obtint du roi Louis XII la même ratification et confirmation.

Jean de Vesc possédait la baronnie de Grimaud en 1537, ainsi qu'il conste par l'hommage par lui prêté à la Chambre des Comptes.

On a trouvé dans un hommage et dénombrement donné à la Chambre des Comptes par François d'Agoult et Jeanne de Vesc, sa femme, le 3 janvier 1555, que ladite terre était sortie de la maison de Vesc et que c'était un d'Agoult qui la possédait.

L'on voit par l'acte d'hommage rendu à Marie de la Beaume, dame de Montrevel, par le Seigneur de Cogolin, du 30 septembre 1636, que la terre et baronnie de Grimaud avait passée dans la maison de la Beaume de Montrevel d'Agoult.

Par acte du 10 juillet 1645, notaires Moufles et Mauchous au Châtelet de Paris, François de Castellane, seigneur et baron de St-Jeurs, Gassin, etc., gouverneur pour le roi de la tour de Cavallaire, acquit la terre et baronnie de Grimaud et Val Freinet de dame Marie de la Beaume de Montrevel d'Agoult, veuve de M?° Esprit d'Allard, vivant marquis de Grimaud.

Depuis que la maison de Castellane possède cette terre, elle a eu de grands procès avec les seigneurs feudataires de la baronnie pour se conserver dans l'intégrité des droits éminents dont elle est décorée, et c'est avec beaucoup de regret que l'on voit que quelques-uns de ces beaux droits et privilèges se sont perdus ou altérés par la négligence des seigneurs qui ont possédé cette belle terre, et l'on exhorte les seigneurs de Castellane qui posséderont à l'avenir le marquisat de Grimaud, d'exiger avec exactitude les hommages qui leur sont dus par les seigneurs des terres de la baronnie, et leur faire donner les aveux et dénombrements desdites terres. C'est le seul et vrai moyen d'éviter tout procès à l'avenir.

Abrégé de l'histoire de la Maison de Castellane de Provence

ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE DE LA MAISON DE CASTELLANE DE PROVENCE
POUR SERVIR A CELLE DE CASTELLANE ST-JEURS ET GRIMAUD

Presque tous les historiens s'accordent à dire que la Maison de Castellane est issue d'un prince royal de Castille; mais l'on ne saurait fixer l'époque de son arrivée en Provence que vers l'année 800, tems auquel les Maures d'Afrique ou Sarrasins firent leurs incursions en Provence et la ravagèrent, que l'on trouve un baron de Castellane qui les combattit et les chassa de ses montagnes et qui furent détruits en l'année 980 par Gibelin de Grimaldy, et leur fort du Fraxinet démoli (Histoire de Provence par Nostradamus).

Château de GrimaudC'est ce premier baron de Castellane qui fit bâtir la Ville et la forteresse de ce nom sur le terrain de la ville des Saliniens. C'est un baron de Castellane qui en 990 obtint de l'Empereur Othon III l'érection de cette ville en Baronnie et l'inféodation de toutes les terres qu'il avoit conquises ou défendues contre les Sarrasins. Ce prince lui donna aussi tous les droits d'un véritable souverain, à la réserve de l'hommage du à sa dignité impériale.

Le souverain de Castellane fit des lois à ses sujets et établit des tribunaux pour punir l'infraction de ces mêmes lois, il fit battre des monnaies de plusieurs espèces et de bon aloi, l'on trouve encore de cette monnaie dans les cabinets des curieux et dans la ville de Castellane, marquées au sceau du Baron, où l'on voit d'un coté un château à trois tours, et de l'autre Boniface de Castellane à cheval (Histoire de Provence par Bouche).

Boniface I de Castellane fut choisi (1089) avec deux autres souverains, savoir: Fulco Dido, prince de Callian, gendre de Guillaume Ier comte de Provence, et Raymond IV, comte de Toulouse, pour terminer un différent entre l'abbé de Lérins et celui de St-Victor.

Tous les historiens de Provence reconnaissent la souveraineté de ces anciens barons de Castellane. M. Gofridy dans son histoire de Provence en met l'époque en 993. Nostradamus déclare qu'ils étaient reconnus princes de Castellane et qu'ils en portaient le titre. L'existence de cette souveraineté est aussi certaine qu'aucun autre fait historique.

L'étendue de cette souveraineté se porta peu à peu jusqu'à plus de quarante villes, bourgs et villages qu'il faut diviser en trois classes, savoir: 1° Ceux qui dépendaient immédiatement de la ville de Castellane,au nombre de vingt-trois ; 2° Ceux qui avoient appartenu aux anciens barons, au nombre de dix-huit; 3° Ceux qui furent acquis à Boniface IV de Castellane par son mariage avec Agnès de Spata dame de Riez, au nombre de six. On trouve la liste et les noms de tous ces lieux dans l'acte d'hommage rendu par Boniface III de Castellane au Comte Bérenger de Provence. (Archives du roi, à Aix.)

Dans la croisade que le pape Urbain II fit publier dans le célèbre concile de Clermont contre les infidèles et pour le recouvrement de Jérusalem, l'on y distingue un souverain de Castellane surnommé Pierre qui, ayant assemblé à Castellane tous ses sujets, forma une petite armée composée des chevaliers de la contrée et des bourgeois ses vassaux, parmi lesquels se trouvait Hugues de Bagaris, qui dix-neuf ans après devint un des fondateurs et le premier grand maître des Chevaliers du Temple. Les autres villes de Provence ayant fourni un grand nombre de croisés, le vicomte de Castellane fut choisi pour être leur général ; cette armée de Provençaux se réunit à celle des provinces voisines sous le commandement général de Raymond de St-Gilles qui se disait comte de Provence (1097), et arrivée en Orient cette armée répandit la terreur partout (Hist. des Croisades, T. Ier), et se rendit maître des plus fortes places de l'Asie, entre autres d'Antioche qui fut prise le 3 juin 1098. Le Vicomte de Castellane fut un des plus vaillants capitaines de cette expédition, et l'histoire fait mention que les infidèles ayant ramené une nombreuse armée devant Antioche, les chrétiens y furent assiégés et réduits à une si affreuse famine qu'ils mangèrent leurs chevaux et les chameaux de l'armée, et que la ville allait se rendre lorsque deux ecclésiastiques de l'armée du Vicomte de Castellane, découvrirent par une révélation miraculeuse le fer sacré de la lance qui avoit ouvert le coté de J. C., que la vue de cet instrument de la passion du Sauveur ranima le courage des chrétiens, que le Vicomte de Castellane sut profiter habilement de ce moment d'effervescence, ayant le commandement de toute l'armée par l'absence et la maladie du comte de St Giles, sortit de la ville et tailla en pièces cette formidable armée des Musulmans : cette victoire mémorable le rendit maître de toute la Syrie et mit les chrétiens en état d'entreprendre le siège de Jérusalem.

Ce fut ce même Pierre de Castellane joint au comte de Turenne qui avec une poignée de leurs gens se rendirent maîtres de la ville de Tortose située sur la mer. Il y a apparence que ce Pierre de Castellane périt dans ces expéditions puisque l'histoire n'en parle plus et qu'il est prouvé que son armée suivit Godefroy de Bouillon à la prise de Jérusalem.

La souveraineté de Castellane après avoir subsisté pendant près de deux siècles dans une indépendance absolue de tout autre souverain que des Empereurs ou Rois d'Arles, commença à être entamée par le comte de Provence en 1189. Idelfon Ier, roi d'Aragon et comte de Provence voulut faire prêter hommage aux seigneurs provençaux, et tous s'y prêtèrent à l'exception du Comte de Forcalquier, des Barons de Baux et de Castellane. Les deux premiers s'y soumirent dans la suite, il n'y eut que Boniface III souverain de Castellane qui s'y refusa. Idelfon le fit sommer de le venir reconnaître pour son seigneur suzerain, lui promettant de ne donner aucune atteinte à sa souveraineté, pourvu qu'il voulut lui rendre les mêmes hommages que ses ancêtres avoient rendus aux Empereurs et aux Rois (Bouche, Gofridy, Nostradamus). Boniface répondit avec fermeté qu'il n'avait point d'hommages à rendre aux comtes de Provence; qu'il ne tenait sa souveraineté que de Dieu seul et de ses illustres prédécesseurs, qu'il avoit rebâti la ville après l'avoir conquise sur les Sarrasins; qu'ils en avoient obtenu l'inféodation des Empereurs et Rois d'Arles ; qu'il en avoit lui-même obtenu la confirmation de l'empereur Frédéric; qu'au reste il se sentait assez fort contre quiconque voudrait l'attaquer injustement, et qu'il était prêt à défendre jusqu'à l'effusion de son sang un pouvoir qu'il croyait fondé sur les droits les plus sacrés. Le Roy choqué d'une réponse si fière, marcha contre Castellane et prit sa route par Fréjus; Bertrand de Castellane, frère du Baron, en était Evêque, il prit les armes contre le roi cri faveur de son frère et ayant été forcé dans sa ville, le Roi lui fit trancher la tête, suivant Nostradamus ; Gofridy pense le contraire et dit qu'il se contenta de le dépouiller lui et son Eglise de tous les privilèges qui leur avoient été accordés par les Comtes ses prédécesseurs.

Après cette expédition le Roi marche contre Castellane : les parents et amis de Boniface, l'archevêque d'Embrun et l'Evêque de Senez s'entremettent pour terminer cette affaire, et après bien des négociations, ils mènent avec eux le baron à Grasse pour prêter cet hommage. Le Roi fut si satisfait de l'esprit et du coeur de Boniface qu'il lui fit le meilleur accueil, et après le serment de fidélité, il lui confirma tous les privilèges impériaux et le renvoya comblé d'honneurs et de biens.

Boniface III épousa Agnès de Spata qui lui apporta en dot la ville et seigneurie de Riez, ce qui fait que ce Boniface prend quelquefois la qualité de Seigneur de Riez.

Boniface III n'eut d'Agnès de Spata que deux fils appelés Boniface comme lui, il mourut dans un age peu avancé et partagea ses biens à ses deux fils. Il donna en apanage à son cadet, surnommé Galbert, les seigneuries de Peiroles, d'Entrecasteaux et plusieurs autres terres, et laissa la baronnie de Castellane et la seigneurie de Riez à son aîné sous la tutelle de sa mère qui ratifia les privilèges que le baron son époux et son fils avoient accordés à la chartreuse de Montrieux.

Le sceau dont se servait cette dame et celui de son mari sont encore une preuve de la grandeur et de l'étendue de leur puissance. Dans le premier l'on voit d'un coté la dame Agnès sur un cheval et de l'autre une épée hors de son fourreau. Dans le second, Boniface est aussi représenté à cheval et au revers il y a un château à trois tours avec cette inscription autour : Sigillum Domini Bonifacii de Castellana. Or les sceaux des plus grands princes n'avaient rien de plus, comme le remarquent nos historiens.

Boniface IV, selon tous les historiens, semblait être né pour gouverner les hommes et pour remplir les plus éminentes dignités: à un extérieur majestueux et plein de noblesse, il réunissait toute la force et la pénétration du génie avec les sentiments du coeur les plus nobles et les plus généreux. Le parti des armes fut la première inclination de sa jeunesse, il suivit les armées, affronta tous les périls, et devint un grand capitaine ; il ne négligea pas l'étude des lettres, il composa des vers remplis de sel et d'agréments et mérita une place distinguée parmi nos poètes provençaux dits troubadours (Bouche, Gofridy, Nostradamus).

Charles d'Anjou, frère du Roi de France, St Louis, avoit succédé depuis quelques années à Raymond Bérenger par son mariage avec Béatrice, fille de ce prince. De retour des Croisades, il contraignit les villes d'Arles et d'Avignon qui s'étaient érigées en Républiques, à se soumettre à sa puissance, ainsi que le prince d'Orange et le baron de Baux. Le comte de Provence ayant été obligé d'aller faire la guerre en Flandre contre les ennemis du Roi de France, les Marseillais se révoltèrent et appelèrent à leur secours Boniface de Castellane qu'ils savaient n'être pas bien intentionné pour le Roi (1257). Il met une armée sur pied et vole à leur secours ; mais les Marseillais intimidés s'accommodent avec le Roi et lui cèdent quelques terres qui appartenaient à leur communauté. Boniface informé de cet accord retourne à Castellane en attendant une occasion plus favorable. Environ quatre ans après, les Marseillais revinrent encore implorer son secours; il marcha aussitôt à Marseille avec ses braves, se met en campagne, emporte d'emblée le château de St-Marcel, et ravagent tous les lieux qui tiennent pour le roi. Ensuite notre baron se met en mer avec une flotte, s'avance jusqu'à Toulon et à la tour de Bouc, arrête tous les vaisseaux, enlève leurs charges et répand la terreur sur toutes les côtes maritimes (Hist. des Révolutions de Marseille, 1262).

Le comte Charles informé de tous ces désordres revient en Provence, fait rendre un arrêt terrible par les officiers de sa Cour contre le baron de Castellane et les Marseillais; mais comme il faut des troupes pour faire exécuter cet arrêt, le roi met sur pied une bonne armée pour attaquer Marseille et la tient longtemps assiégée. La ville de Montpellier, alliée de Marseille, voyant le danger où était cette ville, implore le secours du prince Jacques, fils du roi d'Aragon, pour obtenir encore le pardon des Marseillais, ce que Charles d'Anjou accorde après un fort dédommagement.

Après cet accommodement le roi marche contre Boniface de Castellane qui l'attend de pied ferme et, retranché dans ses montagnes, il se flatte de repousser vivement l'armée qui vient l'attaquer; mais le roi ayant fait investir Castellane, cette ville entamée dans plusieurs endroits se rend pour ne pas être forcée, le baron cependant tient ferme dans son château fort qu'il n'abandonne qu'à la dernière extrémité, étant lui-même abandonné de ses soldats qui désertent en foule pour ne pas tomber au pouvoir des vainqueurs; il prend lui-même la fuite par un chemin dont il connait toutes les issues et laisse par ce moyen toutes ses terres au comte de Provence qui les confisque toutes et les réunit pour toujours au domaine de Provence.

Plusieurs historiens (Nostradamus) ont dit que le Roi Charles ayant arrêté le baron de Castellane, il lui fit trancher la tête; d'autres, au contraire (Gofridy,.) ont soutenu qu'il avoit fait la paix avec le Roi, qu'il l'accompagna même à la conquête de Naples et qu'il mourut au retour, l'an 1278. Guillaume de Nangis dit la même chose dans la vie de St Louis, roi de France; on voit la même chose dans la vie du même roi écrite par Guillaume le Gien en vers au récit de Marseille et de Castellane.

Il est certain cependant que la baronnie de Castellane n'a plus reconnu depuis cette époque, 1278, d'autres maîtres que les comtes de Provence.

Il faut que ce Boniface IV soit mort sans enfants, puisqu'il n'en est plus parlé dans l'histoire; mais bien de Boniface Galbert de Castellane son frère, seigneur de Peiroles, d'Entrecasteaux, etc. On trouve sa généalogie en bonne forme conservée aux Archives de la communauté de Peiroles.

Ainsi a fini la souveraineté de Castellane après avoir subsisté 196 ans.

Source :

BnF/Gallica : Inventaire général des papiers renfermés dans les archives du château de Grimaud.
http://gallica.bnf.fr/document?O=N209782

28 mai 2006

Les trois Furmeyer par Joseph Roman

Source :

BnF/Gallica : Société de l'histoire du protestantisme français. 1882 (T. 31), page 359. http://gallica.bnf.fr/document?O=N065772
Le premier capitaine protestant dont il soit fait mention à propos des guerres religieuses dans le Haut Dauphiné, est Antoine Rambaud, seigneur de Furmeyer. Il fournit une carrière brillante mais éphémère, puisqu'il n'est pas question de lui hors des années 1562 et 1563. Videl, Chorier et les autres historiens qui ont prononcé son nom dans leurs ouvrages ne sont d'accord ni sur sa vie, ni sur sa mort, ni même sur son prénom, puisque les uns le nomment Jacques et les autres Antoine. Quelques documents nouveaux que j'ai pu recueillir me permettent de compléter la biographie de ce personnage et de donner sur sa famille des détails inédits.

Ce ne fut pas un seul, mais en réalité trois frères Rambaud de Furmeyer qui embrassèrent le protestantisme et le soutinrent l'épée à la main dans le Gapençais. Le père de ces trois capitaines était Guélis Rambaud, coseigneur d'Ancelle, Montgardin, Montorsier et Furmeyer. II avait épousé Anne Matheron et professait la religion catholique avec un zèle ardent. Il mérita d'être gratifié par le juge épiscopal de Gap du produit d'une confiscation opérée sur Jean Farel, frère du réformateur Guillaume Farel, condamné pour crime d'hérésie. Cette confiscation avait été probablement opérée en 1541, à la suite d'un procès que Guélis Raimbaud avait peut-être contribué à faire naître; un arrêt du Parlement de 1547 le força du reste à restituer ces biens à leurs anciens maîtres.

Le nom des enfants de Guélis Rambaud et d'Anne Matheron nous est révélé par deux documents tout à fait authentiques, c'est-à-dire par les testaments de Jacques Rambaud leur père datés de 1576 et 1590. Il en résulte que Guélis Rambaud eut trois fils dont il sera parlé tout à l'heure et sept filles, qui furent mariées à autant de capitaines, qui tous ont été la souche de familles protestantes. Alix Rambaud épousa Pierre de Beaufort, de la Mure, dont la famille toujours fixée dans le même pays, s'est éteinte au XVIIIe siècle, fidèle à la réforme après avoir fourni pendant deux siècles de nombreux capitaines aux armées royales. Marguerite épousa Guillaume de Montorcier, coseigneur d'Orcières, Champoléon et Montorcier, descendant d'une très ancienne famille et dont le fils Benoît de Montorcier mourut à Gap en 1577, le dernier de sa race, après avoir embrassé la réforme et combattu pendant plusieurs années dans la compagnie des gens d'armes de Lesdiguières. Alix épousa Marcellin de Guibert, seigneur du Collet, dont la famille s'éteignit bientôt dans celle de Vulson, zélée protestante. Jeanne épousa Balthazard de Jouven, seigneur du Mas, père ou oncle du capitaine Roissas, qui défendit avec tant de courage et de succès la ville de Livron contre Henri III. Anne épousa Michel Gras, seigneur de Valgaudemar, dont la famille quelque temps protestante revint plus tard au catholicisme. Isabeau épousa Gaspard de la Villette, coseigneur de Veynes, et devenue veuve en 1568 elle présentait requête pour être autorisée à établir un temple dans son château. Enfin Marguerite épousa Simon de Montauban, seigneur de Sarfayes, du Villard, de Saint-André et de Notre-Dame en Bauchaine, dont les enfants héritèrent de presque tous les biens de la famille de Furmeyer et jouèrent un rôle prépondérant parmi les protestants du Gapençais et dans les armées de Lesdiguières.

Deux des fils de Guélis Rambaud, Daniel et Antoine, suivirent la carrière des armes, Le premier est connu seulement par la part active qu'il prit à la surprise de Romette en 1563, et par le testament de Jacques, son frère, daté de 1576. A cette époque il était déjà mort, laissant seulement un fils naturel nommé Abraham. On donne à Daniel Rambaud le titre de seigneur de la Buissière, je n'ai pu retrouver la terre dont il portait le nom. Le nom d'Antoine Rambaud, second fils de Guélis, apparaît pour la première fois à ma connaissance en 1556 avec celui de son père. Du reste pas plus de lui que de son frère Daniel on ne sait rien jusqu'aux guerres de religion. Tout ce qu'on peut affirmer c'est qu'il embrassa la carrière des armes.

Jacques Rambaud, troisième fils de Guélis Rambaud, nous est connu au contraire par de très nombreux documents; il entra dans les ordres, fut pourvu d'un canonicat au chapitre de Saint-Arnoul de Gap et obtint l'une des deux prébendes de Montalquier situées dans le territoire même de cette ville. A la mort d'Antoine de Rousset, prévôt du chapitre, arrivée de 1555 à 1558, il fut même choisi par ses collègues pour le remplacer et il existe dans les archives des Hautes-Alpes une foule de pièces signées de lui en cette qualité à cette époque, Il signait uniformément Jacques Rambaud.

La réforme ne tarda pas à entrer dans la famille Rambaud et voici par quelle voie. Marguerite Rambaud, soeur des trois Furmeyer, avait épousé, comme nous l'avons vu, Guillaume de Montorcier; Jeanne de Montorcier, leur fille, épousa en 1547 Jean Farel, apothicaire à Gap, et frère du réformateur Guillaume Farel. Jean Farel devint donc par cette alliance neveu des Furmeyer. Son ardeur de prosélytisme nous est connue entre autres documents par une déposition d'un certain Alvat, notaire à Manosque, et par un jugement du juge épiscopal de Gap qui le condamne à la confiscation d'une partie de ses biens pour crime d'hérésie, il est donc très probable que ce fut son influence qui détermina les familles Rambaud et Montorcier à embrasser la réforme.

Plusieurs membres du clergé de Gap avaient adopté les idées nouvelles; à leur tête il faut placer l'évêque Gabriel de Clermont et après lui Jacques Rambaud, prévôt du chapitre. Cette conversion nous est connue par une mention du registre des assemblées capitulaires de Mutonis, notaire épiscopal. On y lit sous la date du 2 avril 1562 un procès verbal duquel il résulte qu'à la place de Jacques Rambaud, déchu pour incapacité ou hérésie, les chanoines ont élu prévôt du chapitre de Gap leur collègue Barthélemy Martin. Jacques Rambaud en perdant son titre de prévôt, conserva néanmoins jusqu'au 17 octobre 1566 l'usage de sa prébende de Montalquier; il consentit à cette époque à la résigner entre les mains du chanoine Antoine Michel.

Cet acte de rigueur du chapitre de Gap à l'égard de Jacques Rambaud fut probablement la cause immédiate de la prise d'armes des protestants du Gapençais; ce fut en effet le 2 mai, c'est-à-dire dix jours plus tard, qu'Antoine Rambaud, celui qui porte par excellence le nom de capitaine Furmeyer, s'empara de Gap sans coup férir à la tête de quelques centaines d'habitants du Champsaur. Rien n'avait été préparé pour la défense, aussi y eut-il peu de sang versé; par contre les monuments ecclésiastiques furent extrêmement maltraités. Il résulte de documents positifs que la ruine de la cathédrale de Gap, de plusieurs autres églises, du palais épiscopal et de la maison canoniale, jusqu'ici attribuée mal à propos à Lesdiguières, furent le fait des soldats de Furmeyer. Les protestants pillèrent également le trésor du chapitre et détruisirent la plupart des reliques : deux inventaires de ce trésor datés de 1550 et 1566 démontrent que tous les objets de valeur qui en faisaient partie, étaient à cette dernière époque ou en gage ou entre les mains des huguenots.

Nous allons suivre maintenant Furmeyer dans ses courses aventureuses à travers le Dauphiné et la Provence.

Le 4 mai Furmeyer somme Tallard, bourg voisin de Gap, de se rendre; après avoir fait attendre huit jours leur réponse, les bourgeois refusent. Le 4 mai Furmeyer y entre en vainqueur, s'empare du trésor de l'église et emmène des otages.

Gap et ses environs soumis, Furmeyer rentre dans le Champsaur, traverse le Triève, et nous le retrouvons au commencement de juin à Grenoble, auprès du baron des Adrets. Le 4 du même mois il se présente avec ses soldats aux portes de la Grande Chartreuse, sous prétexte de rechercher des armes et des munitions cachées, mais en réalité pour faire main basse sur les richesses de ce couvent.

Peu de jours après il remonte dans le Gapençais, puis descend en Provence. Le 15 juin il s'enferme, avec ses soldats parmi lesquels était le jeune Lesdiguières, dans Sisteron, assiégé par les catholiques. Il prend part pendant près de deux mois à la défense de la Place; puis jugeant toute résistance impossible après la destruction d'un petit corps d'armée amené par Montbrun au secours de ses coreligionnaires, il quitte Sisteron à la fin du mois d'août, rentre à Gap, l'abandonne le 4 septembre, emmenant avec lui quatre cents soldats et va rejoindre à Valence le buron des Adrets. Après avoir pris part aux combats qui eurent lieu sur les bords du Rhône entre le baron des Adrets et le duc de Nemours, il fut envoyé par le chef des protestants à Grenoble pour faire lever le siège de cette ville investie par les catholiques. Il y arriva le 16 novembre; sa troupe un peu grossie depuis sa sortie de Gap, se composait de cent cavaliers et de cinq ou six cents fantassins, tandis que le baron de Sassenage assiégeait Grenoble à la tête de six mille hommes. Traversant le Diac avec une audace incroyable sous le feu de leurs ennemis, ses soldats culbutèrent cette armée dix fois plus nombreuse que la sienne et délivrèrent Grenoble.

Du 27 janvier au 6 février 1553 eut lieu la réunion des états de Valence, sous l'influence des réformés; le baron des Adrets y fut privé de son commandement, Crussol nommé chef des protestants à sa place et Furmeyer élu membre du conseil de défense du Dauphiné avec Montbrun, Saint-Auban et Mirabel.

A peine les états terminés, Furmeyer rentre dans le Gapençais avec le frère de Crussol et cherche à barrer le chemin à Suze et à Maugiron, qui avec une petite armée se dirigeaient de Sisteron sur Grenoble, traînant avec eux de l'artillerie pour faire le siège de cette ville. Furmeyer ne fut pas assez fort pour les arrêter, mais pendant douze jours il les harcela constamment, de sorte qu'ils n'eurent pas le courage d'entreprendre le siège de Grenoble et durent aller faire reposer leurs troupes. Immédiatement après le passage de l'armée catholique, Furmeyer se jette sur le village fortifié de Romette, près de Gap, et s'en empare avec l'aide de son frère Daniel, sieur de la Buissière. Le 13 mars il fait pendre la garnison et inflige aux milices Gapençaises qui la voulaient secourir, une sanglante défaite près du torrent du Buzon.

Peu de temps après la paix fut conclue entre les deux partis et le maréchal de Vieille-Ville vint la faire exécuter en Gapençais. A partir de ce moment les noms d'Antoine et de Daniel Rambaud disparaissent de notre histoire. Videl est le seul historien qui parle de la fin du capitaine Furmeyer et il prétend qu'il fut assassiné. Je n'ai pu trouver la preuve positive de ce fait, mais je suis parvenu à retrouver la date à laquelle il a dû se passer.

On a vu plus haut que l'ancien prévôt du chapitre de Gap signait toujours Jacques Rambaud avant son abjuration; ses testaments au contraire et d'autres documents sont signés Furmeyer, preuve qu'àlors il avait succédé dans cette seigneurie à son frère aîné. Quand a-t-il remplacé la première signature par la seconde, tout le problème est là.

Or les protocoles de Mutonis, notaire et secrétaire capitulaire de Gap, contiennent l'acte de résignation par Jacques Rambaud entre les mains d'Antoine Michel, de la prébende de Mont-Alquier qu'il possédait encore malgré son abjuration. Cet acte signé Furmeyer et daté du 7 octobre 1566, prouve qu'à cette époque Antoine Rambaud était mort et que Jacques son frère lui avait succédé dans la possession de la terre de Furmeyer.

Il est à présumer même que cet évènement eut lieu soit dans les derniers jours de l'année précédente, soit dans les premiers jours de janvier de 1566. Je possède en effet une expédition authentique d'une ordonnance du vibailli de Gap datée du 9 janvier 1566 dans laquelle ce magistrat décide, qu'à la suite des nombreux meurtres et rapines commis dans la ville de Gap à l'occasion de la misère et de l'épidémie qui y sévissent, il croit indispensable de nommer un magistrat spécial pour veiller à la sécurité publique et il choisit pour remplir ces fonctions nobles, Benoît de Flandria. Il est possible que le capitaine Furmeyer ait été assassiné au milieu des émeutes qui ensanglantèrent à cette époque la ville de Gap; il avait dû se créer comme chef des protestants de nombreux ennemis qui prirent certainement, suivant les moeurs du XVIe siècle, le premier prétexte venu pour se débarrasser de lui impunément.

Des trois frères Rambaud, Daniel fut celui qui joua le rôle le plus effacé. J'ignore l'époque de sa mort, mais elle eut lieu certainement avant 1576, puisque Jacques Rambaud, son frère, dans son testament daté de cette année fait un legs à Abraham fils naturel de feu son frère Daniel. Les descendants de ce fils naturel ont vécu obscurément pendant près d'un siècle dans la ville de Gap, et cette branche bâtarde s'est éteinte dans la personne de Françoise Rambaud, mariée en 1663 à Jean Siméon, bourgeois de Remollon, arrondissement d'Embrun.

Après la mort de ses deux frères, Jacques Rambaud, qui ne parait pas avoir été un homme de guerre, s'occupa de diverses négociations.

Il fut l'un des commissaires chargé par les réformés de régler avec la reine Catherine de Médicis, les conditions de l'établissement de la paix de Poitiers en Dauphiné; à cet effet il se trouva à Montluel en Bresse le 20 octobre 1579 et discuta avec la reine les prétentions de ses coreligionnaires. Un article spécial de la requête présentée à cette occasion par les protestants à la reine mère, stipule que Furmeyer ne pourra pas à l'avenir être inquiété pour son passé.

Il fut également choisi pour être l'un des députés qui du 12 mai au 17 juin 1581 conférèrent dans le bourg de Mens avec les commissionnaires du parlement de Grenoble pour tâcher, mais inutilement, de rétablir la paix en Dauphiné.

Enfin au mois de juillet 1588 il fut choisi avec Marquet par Lesdiguières pour traiter avec Saint-Jullin, gouverneur du Gapençais pour les catholiques, d'une trêve pour les villes de Gap et de Tallard.

Après avoir renoncé au catholicisme, Furmeyer épousa Louise de Moustiers, fille du seigneur de Ventavon; ce mariage est nécessairement antérieur à 1576, puisque dans son testament daté de cette année, il en fait déjà mention. Il est également certain que Jacques Rambaud n'eut aucun enfant de ce mariage et fût le dernier de sa famille, car il donne tous ses biens à des collatéraux.

Il passa les dernières années de sa vie dans son château d'Ancelle-en-Champsaur. Il avait converti au protestantisme la plus grande partie de ses vassaux et avait établi dans ce village une église qui subsista jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes.

II fit restaurer le château seigneurial dont il ne reste plus maintenant que des décombres; la porte principale seule existe encore en partie, elle a été utilisée pour construire la porte d'une maison de pauvres cultivateurs. Les pieds droits se composent d'assises de pierres de taille alternativement plates et vermiculées; au haut on voit un grand écusson ovale de la famille Rambaud avec ses armoiries; d'azur au pin d'or surmonté d'une colombe essorante de même. Cette sculpture porte tous les caractères de la fin du XVIe siècle.

Il existe deux testaments originaux de Jacques Rambaud, le premier de 1576 et le second de 1590; la mort du testateur ne tarda pas sans doute à suivre ce dernier acte de ses volontés. Il en résulte qu'il mourut sans postérité; il n'y est fait aucune mention de son frère Antoine, mort probablement sans alliance; il n'y est parlé de son frère Daniel qu'à l'occasion d'un legs fait à Abraham, son fils naturel. Il partage sa fortune entre les enfants de ses soeurs; le plus favorisé est Gaspard de Montauban du Villard, fils de Simon de Montauban, auquel il lègue les coseigneuries d'Ancelle, de Montgardin et de Montorcier. Après lui viennent les enfants de Gaspard de la Villette, auxquels il donne ses terres de Furmeyer et de Veynes.

La famille de Montauban, dont une partie émigra au moment de la Révocation de l'Édit de Nantes, s'éteignit au commencement du XVIIIe siècle. Celle de la Villette au contraire a conservé jusqu'en 1789 les seigneuries qui lui venaient de Jacques Rambaud, seigneur de Furmeyer. Elle existe encore, mais rentrée d'émigration dans un état de fortune peu prospère, elle n'a pas tardé à quitter le Dauphiné.

J. ROMAN